RENTABILITE DU TER : KHADIM A RAISON (Cheikh Ahmed Tidiane Sy )

Le post de Khadim Bamba Diagne sur sa page Facebook pour étayer son argumentaire sur la rentabilité du TER a suscité moult réactions. Il faut admettre que ce débat soulevé par la déclaration du Ministre en charge des transports terrestres est d’abord économique même s’il a des sensibilités à caractère social, environnemental et même nationaliste.
Par contre, vouloir poser un débat technique sur la place publique dans un « français facile » peut être glissant et susciter de l’incompréhension auprès de ceux qui se réclament économistes. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il est trop tôt pour faire une évaluation de la rentabilité économique du TER car nous ne sommes pas dans l’évaluation d’une action politique comme il est d’usage de la faire après un temps de présence symbolique de 100 jours à la tête d’une institution. Le Chiffre d’affaires réalisé après 100 jours n’est pas aussi parlant que les premiers actes posés dans le cadre d’une Gouvernance. Il peut, à la limite, donner une tendance qui peut augurer d’une rentabilité selon son évolution dans le temps.
En effet, la rentabilité économique est mesurée grâce à des indicateurs bien connus (TRI, VAN, délai de récupération, etc.) mesurés avant, pendant et parfois après la réalisation du projet. Quel que soit l’indicateur choisi, elle compare, comme pour parler en « français facile », les résultats obtenus à la suite de ressources engagées (fonds propres ou dettes) dans le cadre d’un programme d’investissement menée sur un horizon temporel donné. Après 100 jours d’activité, les résultats obtenus sur la base du Chiffre d’Affaires réalisé ne nous permettent pas de nous projeter sur l’année si on sait que ce chiffre peut comporter des biais liés notamment à l’effet d’annonce, au goût de la découverte ou, pour les plus réfractaires à la nouveauté, au scepticisme des consommateurs.
Cependant, Khadim a raison de poser le débat technique sur le calcul économique qui a présidé au projet de réalisation du TER. Quelles sont les hypothèses de base qui ont présidé aux simulations de rentabilité ?
Khadim a raison de poser le débat économique en terme de coût d’opportunité d’un investissement public face aux priorités de la souveraineté alimentaire exacerbée par les crises multiformes et exogènes que traverse notre pays.
Khadim a raison quand les investissements sont prioritairement orientés vers le désengorgement d’une Capitale au détriment d’un monde rural dont les populations s’exilent de plus en plus vers les lambris dorés de la Capitale. C’est le serpent qui se mord la queue quand les investissements réalisés en ville pour son désengorgement causent sa propre saturation par l’apport de populations en mal d’emplois ruraux et attirés par le pseudo-confort urbain. Finalement, on arrivera jamais à satisfaire les besoins d’une population urbaine en croissance continue provoquée.
Khadim a raison quand les infrastructures réalisées ne sont pas pourvoyeuses d’emplois aptes à doper la consommation grâce à l’anticipation de la demande qui est source de résorption du chômage, selon l’approche keynésienne. 
Khadim a raison quand il prône un changement de paradigme dans la conception « court-termiste » et parcellaire du bien-être des populations par nous-mêmes et par nos gouvernants.
Oui, le TER règle bien des problèmes et fait économiser du temps, de l’argent, du Carbone et nous procure du confort mais demain nous aurons tous faim dans un TER rutilant et embouteillé par l’apport massif de ruraux encore et encore.
Cheikh Tidiane SY
Think tank GUESS

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