Idrissa Seck, le retour d’un poids lourd. (Lamine Aysa FALL)

En 2004, Idrissa Seck avait suscité un élan d’espérance comme jamais un homme politique n’avait été capable de le faire depuis bien longtemps à Thiès. Même ceux qui n’étaient pas partisans du Parti Démocratique Sénégalais admiraient le « petit homme aux bretelles » (par la taille). Alors, presque toute l’opinion l’adulait et une bonne partie de la presse le portait en triomphe.

Et puis survint la traversée du désert, quatre années seulement après la première alternance politique de notre pays dont il a été un des acteurs majeurs. Et très vite, mais de plus en plus violemment, il a fait l’objet d’un rejet homérique d’une intensité rarement atteinte au sein de la classe politique. La grosse artillerie de communication déployée par ses anciens « frères de parti » avait fini par avoir raison de lui. C’est ainsi que la majeur partie des sénégalais, nous en premier, s’était déclarée très indignée par son passage aux affaires, à côté du Président Wade ; et ce malgré une rare, mais acharnée résistance de quelques-uns de ses proches. Son monde se dépeuplait, et de plus en plus, le navire se vidait de ses occupants de première loge. Une certaine presse dans notre pays prenait goût à le dépeindre avec une férocité décomplexée que rare ont existé, avant lui, des hommes politiques ayant résisté à de telles intenses brimades. Certains acteurs du jeu politique se réjouissaient, avec beaucoup de volupté, d’être plongés dans l’ère de la « déseckisation [i]». Le néologisme retentit encore dans nos oreilles.

Et dans le saint des saints de Idy, se trouvait indétrônable et patient, un certain Yankhoba Diattara ; à l’époque, jeune par l’âge, mais d’une très fine intelligence. Ce n’est pas étonnant pour quelqu’un dont le prénom, issu de l’arabe « ya`qub » signifie celui que « Dieu a soutenu ou protégé ». Son homonyme est présenté par les textes sacrés comme étant un fin stratège, un organisateur de premier rang. M. Diatara symbolise aujourd’hui, pour bon nombre de femmes et de jeunes Thiessois, la constance en politique et le courage dans le respect de l’ordre hiérarchique. En effet, la trajectoire du nouveau Ministre de l’Économie Numérique mérite bien que nous nous attardions sur son parcours. Nous faisons le pari de lui dédier quelques lignes dans d’autres pages. Et cela constitue une bonne transition pour revenir sur le retour du bon samaritain, créateur du « Cyber Campus » de Thiès.

Ainsi, pour parler du leader de REWMI, il est plus juste d’accorder l’audience à un de ses anciens détracteurs. Ce qui pourrait apparaître du coup, comme un retournement de « sabadoor [ii]», n’est en réalité que le mea culpa fondé sur une posture nouvelle de « vision de près ». D’ailleurs, à peine un an seulement après sa nomination à la tête du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE), cette même presse commençait à le traiter avec un sourire crispé, comme pour regretter de s’être acharné sur « l’homme de Thiès » à tort, quelques années auparavant. En effet, vautré dans un silence bruyant, sa cote de popularité s’améliore jour après jour, même si certains assimilent son comportement à un mutisme stratégique. Résultat des courses : dès qu’il sort un petit mot, quotidiens et hebdomadaires lui consacrent des couvertures flatteuses, et « à la une », s’il vous plaît !

Ainsi, à peine, d’aucuns commençaient à prendre un goût certain à lui rappeler, tel un épouvantail, l’histoire du triste « protocole de Rebeuss » qui fit suite à l’épisode dit des « chantiers de Thiès » qu’il enclenchait une nouvelle montée en grâce. Sa revalorisation culmine avec « cette station » (comme lui-même aime à l’appeler) de Président d’institution. Une telle trajectoire et une telle baraka n’existent dans aucun dictionnaire politique. Rappelons que juste avant sa descente aux enfers, Idrissa était le « chouchou » du PDS et de la scène politique nationale. Sûr de lui, rigoureux, dévoué et loyal, ingénieux et novateur directeur de campagne de maître Wade avant la trentaine, il était incontestablement l’homme fort de la République en tant que ministre d’État et Directeur de cabinet du Président de la République en 2000. Idrissa Seck était le seul patron jusqu’en 2004! Avec Idy, presque rien ne s’est passé comme pour les autres. De séducteur des masses, il est passé apostat aux yeux de beaucoup de sénégalais, surtout victimes de fake news, pour redevenir (depuis le 1er novembre 2019) l’enfant prodige qu’il n’a jamais cessé d’être, en vérité. Il y a bien une exception Idy. Et c’est sous cet angle-là qu’il faut l’appréhender. Mais, cela suffit-il pour expliquer la souplesse, la vélocité de ce come-back de « l’acteur » ? Bien évidemment, quitter l’opposition après avoir enregistré un très bon score lors de la dernière présidentielle ne peut relever que de l’ordre du choix stratégique, mais cela a permis dans le temps, de voir combien ce silence dans lequel était enrobé sa décision avait fini d’estomper mécaniquement les ardeurs et les énergies de toute une opposition. C’est de là que surgit l’inédit : la ville de Thiès ne connaît plus désormais aucune opposition politique. C’est à croire que ce sont les Thiessois eux-mêmes qui ne se reconnaissent plus dans les jeux de l’opposition.

In fine, Idrissa Seck incarne bien la crème du monde politique libéral sénégalais, et en tant que Thiessois, nous aurions souhaité qu’il fasse du Sénégal ce qu’il eut commencé en 2000 pour la Capitale du Rail. Sous ce rapport, le rapprochement MACKY-IDY doit être synonyme d’espoir pour le Sénégal tout entier. Oui, notre frère Idrissa a rejoint le camp de son adversaire d’hier qui n’a jamais été pour lui un ennemi. Il l’a fait pour l’amour de la patrie, et par la grande porte. C’est ici le lieu de reconnaître la grandeur et la clairvoyance du Président Macky Sall dont la totalité des actes posés jusque-là prouve à satiété son attachement à la stabilité de la nation et à l’équilibre des institutions de la République. Dès lors, si le ministre Diattara a pris la responsabilité historique de déclarer devant tous les Thiessois, lors de la présentation des investis de Bennoo Bokk Yaakaar à l’auditorium de l’Université de Thiès, qu’il était désormais un militant du Président Macky Sall, pourquoi devrions-nous nous gêner pour dire que maintenant nous sommes nationalement de l’APR et localement du parti REWMI au sein de la grande coalition gagnante, Bennoo Bokk Yaakaar ?

Lamine Aysa FALL

Pôle de Communication

Bennoo Bokk Yaakaar – Thiès-nord

Email : polecom.bby.thiesnord@gmail.com


[i] Néologisme créé à partir du nom patronyme du Premier ministre Idrissa Seck

[ii] Boubou traditionnel africain

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