Economie : Avantages et méfaits d’une libéralisation du marché du sucre.( Dr Mouhamed Diop, économiste)

Longtemps favorisée, la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) se targue d’être, après l’Etat, à la 1ère place au banc des employeurs privés du Sénégal. Et ce, avec un effectif estimé, selon elle, à 8 000 personnes en période de campagne sucrière (de novembre à juin). Cette position avait valu à son patron, Jean Claude Mimran d’émettre des menaces voilées en faisant planer la possibilité de fermer boutique et d’envoyer des milliers de chefs de famille au chômage. Une kyrielle de soucis rencontrés par la Css du fait de la forte concurrence en était la raison, alors que celle-ci avait bénéficié, plus de 40 ans durant, du monopole relativement au marché du sucre au Sénégal.

La problématique de la disponibilité du sucre qui s’étant posée, l’économiste Dr Mouhamed Diop a jugé nécessaire de revenir sur les origines du monopole, pour analyser le cas de la Css. Occasion qu’il a mis à profit pour lister, de façon synthétique, les trois types de monopoles recensés au Sénégal. ‘’Il y a d’abord le monopole naturel. Il s’agit généralement d’un secteur où le niveau général des coûts de production est tellement élevé que rares sont les entreprises qui peuvent y évoluer. Dans le cas du Sénégal on pourrait donner la Sococim et Orange, il y a quelques années’’.

Il y a ‘’ensuite, le monopole d’innovation ou technique, dans lequel une entreprise peut bénéficier d’avances technologiques qui lui permettent de prendre carrément le dessus sur les autres entreprises’’. C’est le cas, au Sénégal, de ce que fut l’opérateur de transfert d’argent, Orange Money, avant l’arrivée de Wave. Enfin, il y a le monopole d’Etat ou légal, instauré par un Etat. Celui-ci consiste à donner les seuls pouvoirs de production du bien en question à une entreprise. C’est, notamment, le cas de la Css.


Le choix du monopole dans un secteur au détriment de la concurrence est de nature à susciter un tas d’interrogations. Cela est apparu dans l’entretien accordé à Dakaractu, par le Dr Diop, par ailleurs, Directeur général du Centre intégré de formation et d’innovation technologique (Cifit). Selon lui, ‘’l’avantage de la concurrence est de tendre vers l’optimum de production. C’est-à-dire produire plus avec de moindre coûts. Autrement dit, satisfaire la demande du consommateur à des prix très concurrentiels’’.

’’Libéraliser le marché du sucre peut résoudre deux problèmes immédiats’’

L’économiste est d’avis que ‘’la concurrence ne garantit pas forcément le plein emploi. Elle peut même favoriser les grandes multinationales au détriment des entreprises locales naissantes. Raison pour laquelle, dans certains pays, notamment dans des secteurs stratégiques, l’Etat peut choisir d’octroyer un monopole légal à une entreprise nationale et en contrepartie lui demander au minimum deux choses:  une offre d’emploi importante (x emplois par an) et une production suffisante pour satisfaire la demande locale. C’est notamment le principe sur lequel un droit de monopole a été octroyé à la Css’’.

Toutes choses qui font que, selon lui, ‘’au regard des résultats d’aujourd’hui, si l’on regarde le cas de la Css, on ne peut pas dire que ces deux objectifs minimaux sont atteints. Pour preuve, poursuit-il, ‘’la pénurie de sucre est constante dans le pays’’ et que c’est ce qui expliquerait, selon lui, que ‘’l’Etat accorde des bons d’importation à des particuliers’’.

Chef d’un cabinet d’ingénierie en finance, il est d’avis que même le défi, en matière d’emplois à offrir aux populations, n’a pas été atteint. ‘’L’offre d’emploi de la Css, selon les chiffres officiels donnés par la Css, est de 8 000 emplois en période de récolte (donc maximum). Si l’on prend ces cinq dernières années, elle représente moins de 0,4% du nombre de demandeurs nouveaux qui entrent chaque année sur le marché de l’emploi. Autrement dit, il y a un échec sur les deux principaux objectifs: ni d’emplois qui vaille la peine, ni d’autosuffisance’’.

L’économiste, le Dr Mouhamed Diop a évoqué également quelques avantages à tirer d’une libéralisation du marché d’un produit comme le sucre. ‘’Libéraliser le marché peut résoudre deux problèmes immédiats auprès du consommateur et un autre problème structurel : un ravitaillement suffisant et une baisse des prix d’achat. Une troisième opportunité que cela pourrait donner, c’est de pousser la Css à se moderniser pour tenir face à une éventuelle concurrence. Un inconvénient majeur qui pourrait arriver, c’est de voir à l’immédiat la Css diminuer ses emplois. Mais cela peut être contre balancé dans le moyen terme par les nouveaux emplois qui seront créés par les nouveaux entrants dans le secteur. Donc l’effet négatif resterait marginal par rapport aux effets positifs qui devront être engendrés’’.

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