Configuration de la 14e législature : L’assemblée nationale à l’heure de l’équilibre et de la gouvernance concertée.

Inédite ! Cette recomposition qui se dessine pour la prochaine mandature parlementaire est une première depuis que l’assemblée nationale a été a été instituée par la loi No 60-44 du 20 août 1960. Au terme du scrutin du 31 juillet prochain, les résultats provisoires livrés par la commission nationale de recensement des votes ont visiblement donné confiance à l’opposition qui va s’installer ‘confortablement’ dans l’hémicycle. Parallèlement, un régime égratigné devra faire face à un équilibre qui devra faire valoir les responsabilités de tous les parlementaires au regard des enjeux de développement et des attentes des populations.

Pour l’essentiel, les résultats sortis jeudi dernier, même étant provisoires, montrent à suffisance que l’opinion a pris goût au changement. C’est en réalité une rupture qu’elle veut. Et le message, en quelque sorte, a été clair. 

Pour rappel, en 2017, le régime en place s’en était sorti avec un pourcentage englobant 49, 47% devant Wattu Sénégal et Manko Taxawu Sénégal de Khalifa Sall. Les députés pour Benno, en cette année des législatives, étaient de 125,  contrairement à 2022 ou la coalition présidentielle perd 43 députés.

En même temps, une opposition qui s’est reconstruite à travers des coalitions, ne veut plus de cette « majorité mécanique » qu’elle a toujours dénoncée dans l’Assemblée nationale. Quelque part, c’est un équilibre qui est recherché, même par ces citoyens qui ont parlé dans les urnes. Un pouvoir législatif beaucoup plus équilibré entre majorité et opposition, mais aussi, plus indépendant de l’exécutif. Ce qui provoque politiquement, cette situation inédite dans cette 14e législature qui va être installée au plus tard en septembre. La constitution du Sénégal indique clairement qu’il y a le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Mais la séparation des pouvoirs est aussi un facteur non négligeable. Ainsi, dans cette nouvelle configuration à l’assemblée nationale, ni le pouvoir, ni les oppositions ne seront dominants. Dans ce cas de figure, la deuxième institution exercera-t-elle ce pouvoir législatif que plusieurs sénégalais attendent? Une attente démocratique sur laquelle se sont prononcés quelques personnes interviewées par Dakaractu.

La grosse question qui mériterait d’être posée est de savoir comment cette nouvelle assemblée nationale va fonctionner ? Selon l’analyste politique Mamadou Albert Sy, dans le cas où le perchoir reviendrait à l’opposition, le président de l’Assemblée aura à incarner le pouvoir législatif. Il ne va  demander ni au pouvoir, ni au gouvernement ce qu’il faut faire. « Ce sera une assemblée qui aura son pouvoir législatif entre ses mains. Et de fait, cela veut dire que le régime présidentiel absolu s’effondre. » Par ailleurs, même si au perchoir, le président a un député de Benno Bokk Yakaar, aussi bien le président de l’Assemblée nationale que le président de la République, n’auront les coudées franches. Ils seront obligés en quelque sorte, de tenir compte du poids de l’opposition. « C’est d’ailleurs, le cas inédit que notre interlocuteur veut nous signaler dans cette analyse sur la marche de l’assemblée nationale. En réalité, dans cette option parlementaire, il faut que l’exécutif et l’assemblée nationale s’entendent pour au moins, une stabilité dans l’exécution des politiques publiques.

Des blocages peuvent malheureusement intervenir, mais c’est une situation où les deux pouvoirs n’arrivent pas à s’entendre. Il faut une concertation des deux pouvoirs pour éviter le climat conflictuel dans l’assemblée. D’ailleurs, comme nous l’explique notre analyste politique, cet esprit de dialogue et d’échanges dans l’hémicycle, peut être source d’un renforcement de la démocratie et rendra le climat politique convivial.

Le risque de ces blocages peut même favoriser la gouvernance par ordonnance qui est exclusivement du ressort du président de la République. S’il y a un réel blocage politique, le président de la république peut bien faire recours à l’ordonnance car, nous n’avons pas un régime parlementaire mais plutôt, présidentiel. « Durant les deux ans, le président de la république ne peut pas dissoudre certes l’assemblée nationale, mais il peut organiser une élection présidentielle anticipée », nous fait savoir M. Albert Sy.

Pour Babacar Dione, expert en questions politiques, « le jeu d’alliance aura à marquer considérablement cette législature. « Aujourd’hui, ce sont les jeux d’alliance qui vont déterminer la marche de cette assemblée, maintenant cela peut être bénéfique pour les sénégalais et pour toutes les parties au niveau de l’Assemblée ».

L’autre défi dans la 14e législature, sera la confortation de l’expertise. En effet, avec cette nouvelle génération qui vient occuper les sièges de la deuxième institution du Sénégal, l’expertise et le savoir-faire sur certaines questions qui vont être traitées à l’Assemblée nationale doivent être de mise. Ainsi, la question de la gestion des groupes parlementaires va se poser avec acuité. Les capacités de négocier avec l’Etat et le traitement de certaines questions à traiter à l’assemblée nationale, exige une mise à niveau car, cette 14e législature est bien un cas de figure inédit. La marche de cette institution dans ce cas historique nécessite bien une mise à niveau avec une réflexion sur la répartition des députés en fonction de leur profil et de leur compétence.

Les questions techniques et juridiques qui devront être soulevées à l’Assemblée nationale ne demandent-elles pas une certaine posture des parlementaires ? De l’avis de nos experts, c’est une réelle exigence au regard des attentes des sénégalais.

Dakaractu

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