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Entretien avec Abdoulaye Diouf Sarr, ministre

Entretien avec Abdoulaye Diouf Sarr, ministre de la Gouvernance locale, du développement et de l’aménagement du territoire  « La décentralisation est un chantier continu et permanent ».

Avec précision et sans langue de bois, le ministre de la Gouvernance locale, du développement et de l’aménagement du territoire, revient au cours de cet entretien sur toutes les questions de l’actualité liée à son département ministériel, mais aussi de la politique territoriale nationale, etc…

 

Monsieur le ministre, le budget du département de la gouvernance locale, du développement et de l’aménagement du territoire est arrêté à la somme de plus de 69 milliards de nos francs. Que vous inspire cette augmentation ?

Le budget a été revu à la hausse, car c’est une volonté exprimée par le Chef de l’Etat. Il faut intégrer tout cela dans cette grande réforme qu’est l’Acte 3 de la Décentralisation. J’aimerais d’ailleurs positionner cette réforme dans une stratégie de développement national. L’émergence ne peut en effet se construire, que quand on a des territoires viables, porteurs de développement et de ce point de vue la reforme avait pour préoccupation majeure une réduction de la dispersion entre l’Urbain et le rural et une fois que le cadrage institutionnel sera réussi nous pourrons aller à un deuxième niveau de la réforme. Mais cela doit être soutenu par un renforcement progressif et soutenu des collectivités locales. Vous comprenez donc que cette augmentation du budget de notre département surtout en direction de l’appui aux collectivités locales est tout à fait logique. Ce n’est pas encore suffisant, mais vous allez voir que dans les années qui viennent nous allons encore accompagner la réforme pour que l’Acte 3 soit une véritable réalité en termes de construction de territoires viables.

 

 Il a été constaté un retard dans le paiement des salaires découlant de la réforme de l’acte 3 de la décentralisation et vous semblez le justifier par l’option de certains maires pour la couverture de dépenses facultatives au détriment des dépenses prioritaires. Est-ce la seule véritable explication ?

 

A ce niveau, j’aimerais être assez clair : on n’a pas stigmatisé les maires en disant que les problèmes de salaire sont dus seulement à la mauvaise gestion des maires. Nous avons simplement voulu faire la part des choses, mais il me semble essentiel de faire un rappel historique, 1996 c’était l’acte 2 de la décentralisation, et jusqu’en 1999 on a eu les mêmes problèmes. Décalage entre la reforme et le moyens nécessaires pour la soutenir. En son temps, on disait d’ailleurs que l’on a transféré les compétences sans transférer les moyens. Donc cette problématique là n’est pas une problématique nouvelle. Il faudra attendre 2000 pour voir la véritable stratégie pour renforcer les régions. L’Acte 3 est venu avec la philosophie que j’ai indiqué tantôt, mettre des communes, et les renforcer au plan financier et  dans une deuxième phase; c’est tout à fait normal qu’à la première année de la mise en œuvre, on puisse avoir des difficultés liées à l’insuffisance des ressources. Mais il faut noter la volonté de l’Etat de non seulement renforcer les moyens des collectivités locales par le biais du fond de dotation, mais aussi par la mise en place de ressources propres. Sans compter tous les financements innovants notamment dans le cadre du partenariat public/privé et dans le cadre d’autres stratégies de financement des collectivités locales. Sans compter que les sectoriels décident d’intervenir dans les communes pour faire de l’hydraulique. Les autres ministères par le biais de leur BCI interviennent directement dans les communes.
Les difficultés de salaire il y en a qui sont liées aux insuffisances des ressources dans la première phase de la réforme. Etant entendu que toutes les dispositions sont prises par l’Etat pour que chaque fois qu’une situation de cette nature se présente, une solution soit trouvée. J’ai quand même fait une mise au point en disant qu’il ne faut pas que les actes de gestion d’une certaine nature posée par certains maires qui ne se comportant pas en, bon père de famille, ternissent l’image de marque des autres maires. C’est pour cela qu’il faut, quand on doit payer les dépenses obligatoires, le faire en privilégiant les salaires. J’ai pris le cas de figure d’un maire qui a préféré aller payer des secours de Tabaski ou de Korité, en laissant les salaires. Je crois que cela n’est pas bon, l’opinion ne pas voit la mauvaise décision de l’autorité locale, on voit juste des travailleurs qui n’ont pas perçu et en ce moment-là on diabolise l’Acte 3 qui est une formidable réforme parce qu’elle corrige cette perception négative entre la collectivité locale rurale et celle urbaine. Deuxièmement sa vison est économique, elle n’est pas réglementaire, légaliste. Il faut faire une reforme pour le développement local. De ce point de vue-là, nous plongeons totalement dans cette réforme et nous allons installer des pôles territoires, avec des territoires compétitifs facteurs de développement. Il y a des difficultés, toutes les réformes en sont à la première année de mise en œuvre, osons tout mettre autour d’une table, évaluer au lieu de jeter le bébé avec l’eau du bain.

 

         Justement où en est-on avec l’acte 3 de la décentralisation ?

La décentralisation est un chantier continu et permanent, elle ne doit pas s’arrêter avec l’Acte 3. La philosophie dans le monde est de faire en sorte que l’Etat central reste sur des questions régaliennes et que les collectivités locales essaient d’impulser le développement. Déjà notons que la communalisation intégrale a réussi, si aujourd’hui au niveau urbain il y a beaucoup de bruit, au niveau rural on se dit désormais que l’on est dans des politiques de logique urbaine. Nous ne sommes pas seulement dans les logiques où il y a les communes et les zones urbaines qui s’appellent communes et les autres communautés rurales. D’ailleurs dans le concert des nations au niveau municipal, on s’inquiétait souvent en disant c’est quoi communauté rurale ? Le cas Sénégal d’ailleurs était une exception assez gênante dans la coopération décentralisée. De ce point de vue-là, on a réglé cette question. Les communes du Sénégal sont des communes et dans une dynamique uniforme, et peuvent s’adresser au monde avec leur manteau de commune. Cela facilite la coopération décentralisée, mais aussi la stratégie de planification du développement. Au niveau de notre département, on a énormément fait pour aider les différentes collectivités locales à avoir leurs outils de planification. Un autre élément, c’est le gap qu’est en train de combler le PUDC. Il faut que l’on comprenne à ce niveau que ce n’est pas un programme concurrent au PNDL  ou aux autres stratégies sectorielles. Il s’agit pour le PUDC de travailler avec les collectivités locales parce que toutes les stratégies se font dans le périmètre des territoires. La réforme est en cours et je suis persuadée que dans sa deuxième phase consacrée surtout au renforcement financier et à la structuration économique, les sénégalais verront que la véritable base territoriale du PSE est installée et les territoires pourront ainsi se développer

 

       En quoi consistera justement cette deuxième phase?

 

Deux choses : le renforcement financier et l’orientation vers une stratégie de pole territoire. Cette jonction des collectivités locales d’une même réalité géo-socio-économique est faite pour planifier leur développement dans l’intérêt des populations.

 

En quoi consistera ce volet financier? Sera-t-il sous forme d’un accompagnement comme les fonds de dotation, ou d’une fiscalité carrément locale ?

La perfusion par l’Etat central de manière systématique n’est pas un moyen de financement stable et durable de développement local. Je crois que nous ne pouvons pas avoir ce schéma d’intervention par l’Etat. Parce que l’Etat aussi à sa fiscalité nationale et dans sa stratégie de répartition de la ressource nationale doit toujours accompagner la collectivité locale. Qui doivent aussi avoir une stratégie endogène de développement qui soit soutenu par de la finance locale. Cette fiscalité locale doit être au centre de la réflexion sur la deuxième phase. Autre élément important, j’ai parlé de financement innovant, les collectivités locales sont la possibilité dans la réforme de dérouler ce qu’on appelle le partenariat public privé. La possibilité de contracter avec le secteur privé pour dérouler des programmes dans leurs localités et cela me semble extrêmes porteur de développement et c’est très innovant au plan de la mobilisation des ressources. Naturellement les collectivités locales dans l’Acte 3 sont plus à l’aise pour dérouler en matière de coopération décentralisée. La question du financement est diversifiée. On est là dans ce que j’appelle la diversification du portefeuille, ne pas rester seulement dans un seul schéma, un seul tiroir, celui de l’Etat, mais aussi de compter avec la fiscalité locale qui sera mise en place.

 

Qu’est-ce qui explique le choix de votre département à confier la gestion des déchets à l’Unité de coordination de la gestion des déchets solides (UCG). Depuis lors y a-t-il eu une réelle satisfaction notée ?

 

Je vous laisse observer pour voir ce qui se passe, je ne suis pas du genre à aller dans l’autosatisfaction qui n’est pas à bon propos. Je suis un homme d’action et je fais ce que je dois faire. Ce que je peux noter, c’est que depuis la prise en charge de cette mission, je suis au jour au jour la mise en œuvre de l’opération.  Notre objectif est de faire en sorte que Dakar fasse partie des Capitales les plus propres d’Afrique. Pour revenir à ce qui s’est passé, « on n’a pas choisi de », mais face au contexte et à la situation qui prévalait en son temps, il fallait prendre ses responsabilités. Nous sommes tous témoin de la situation de Dakar. Nous avons aussi noté que la structure en place n’était plus opérationnelle du point de vue de son management, parce qu’il y avait beaucoup de querelles entre l’entente Cadak et les gens de Rufisque de Dakar. Nous ne pouvions accepter que les intérêts des populations soient sacrifiés sur l’autel de ce genre de conflit. Et nous nous sommes dit que la disposition de l’article 116 de la collectivité locale nous permet dans le cadre des collectivités locales abritant la Capitale, de prendre nos responsabilités pour prendre en charge nous mêmes le problème. Depuis lors, cela se passe bien et nous savons que les objectifs que nous nous sommes fixés sont très ambitieux et dans quelques mois nous allons les évaluer.

 

      Expliquez-nous le contenu des pôles territoires…

 

Au plan structuration de l’acte 3 de la décentralisation, c’est la finalité. Cela veut dire simplement qu’il y a les communes, les départements qui ont le niveau de coordination de l’action de base, mais cela ne suffit pas parce que la philosophie de l’acte trois est économique. Il faut arriver à un moment à polariser des collectivités locales d’un même département par une même logique géo économique. Ce qui nous renvoie à la Casamance naturelle par exemple. L’objectif c’est de faire en sorte que ces collectivités locales puissent entrer dans le cadre d’une intercommunalité, impulser leur développement ensemble au plan économique, des infrastructures, de la stratégie de la cohérence etc. La problématique des pôles territoires est de développement économique. Cela n’a rien à voir avec une architecture de découpage communal. C’est plus une question de circulation des flux économiques, financiers, humains dans une zone économiquement correcte. La réflexion a démarré dans le Sine-Saloum et le Sénégal oriental.

 

            Où en est-on avec la mise en place effective de la fonction publique locale?

 

C’est devenu une réalité. Toutes les demandes de la fonction publique locale sont aujourd’hui traitées. Il y a la fonction publique locale différente de la fonction publique de la loi. Mais il y a une passerelle possible et surtout une unité davantage. Ils ne sont pas discriminatoires entre les deux fonctions publiques.
Source Dakaractu

 

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