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Non Sonko, vous avez tort ! (Par Félix NZALE)

Le Sénégal est un pays riche de ses communautés, de ses traditions, de ses cultures et de ses mémoires. Il s’agit, dès lors, de ne pas tout remettre en cause au nom d’une ambition personnelle. La personnalité sui generis de notre Nation ou de notre peuple est cultivée et développée sur la base de cette vérité.

J’ai écouté avec beaucoup d’attention l’interview «exclusive» que M. Ousmane Sonko a accordée à nos confrères de Wal Fadjri, et j’ai été, comme de nombreux Sénégalais, outré par certains propos en direction de la communauté mancagne. En substance, Ousmane Sonko soutient que le Président Macky Sall, dans sa «stratégie pour (le) liquider», a jeté son dévolu sur ce qu’il appelle «la filière mancagne».

«Filière» a-t-il dit, et précisé. Comme si cette communauté était une organisation terroriste ou une mafia dont on loue les services pour de sales besognes.  Sonko a ajouté : «ces gens vivent parmi nous et nous les connaissons».  Une invitation claire à les identifier et, le cas échéant, à les attaquer… pour les massacrer ?

Cette sortie du leader de Pastef est d’une gravité extrême qui appelle une dénonciation et une condamnation sans ambiguïté de la part de tout citoyen soucieux de préserver la paix sociale. Y compris des organisations des droits de l’Homme et de la Société civile si promptes à taper sur l’Etat. C’est une question de responsabilité.

Homme politique astreint au devoir de précision et de mesure, M. Sonko, qui nous est apparu comme un jocrisse, devrait savoir que ce n’est pas en citant deux ou trois noms à consonance mancagne qu’il faut essentialiser toute une communauté. Suspecter des catégories de Sénégalais d’être des criminels aboutit par ailleurs à réduire la démocratie. Et donc, au fond, à affaiblir la Nation. En homme politique qui aspire à la magistrature suprême, il s’agit de ne pas se tromper de combat et d’arrêter de ratiociner.

    Sonko, vous avez tort et vos propos sont dangereux. Il est totalement contreproductif de comprendre ou de faire comprendre que le patriotisme se défini comme l’affirmation d’une forme d’âme contre d’autre formes d’âme. Ignorer cela, c’est ne pas faire l’effort de transformer notre appétit de haine en désir de justice.

Notre pays est de plus en plus travaillé par des vents puissants et hostiles, secoué par des tensions de plus en plus vives. Prise dans le tumulte d’occurrences menaçantes, sa cohésion nationale est de plus en plus mise à rude épreuve, notamment par des discours incendiaires, communautaristes et de rejet, entretenus au premier chef par des politiciens pyromanes ou leurs affidés. N’a-t-on pas d’ailleurs entendu Pape Djibril Fall stigmatiser lui aussi la communauté diola simplement parce que certains membres de cette entité ont, selon lui, manifesté leur soutien à Sonko ? Si le Sénégal est devenu un pays malade, c’est bien à cause d’une certaine classe politique, en particulier, incapable de transcendance et de réflexion constructive.

La perspective doit faire débat. Pour affronter cet avenir aussi imprévisible qu’inquiétant, notre pays a besoin de nouveaux repères et de nouveaux paradigmes. Cela commence par l’impératif et la nécessité de balayer les débats aussi tumultueux qu’improductifs. Chaque Sénégalais doit donc refuser de n’être qu’un voyageur de passage dans son histoire ; parce qu’il est aussi comptable vis-à-vis des générations futures de son action et de ses déprédations.

Ce dont nous avons besoin, et que peinent à comprendre certains, c’est bien d’une nouvelle présence qui ne saurait faire l’économie d’une interrogation individuelle et collective sur les principes éthiques fondamentaux qui doivent guider notre action. Enfin, à Ousmane Sonko, je rappelle cette vérité : la liberté de vous exprimer ne doit pas vous faire oublier que les gens ont aussi la liberté de vous critiquer. Il en est de vous comme de tous ceux qui portent la parole publique et qui l’expriment.

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