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META-JOURNALISME: ET SI ON PARLAIT QUALITÉ DE L’INFORMATION?

« La recherche de la qualité de l’information repose sur des conditions multiples. La première condition d’un développement de la qualité de l’information passe évidemment par une prise de conscience de son exigence, capable de se traduire en une volonté forte. Contrairement à certaines illusions, l’information du journal n’est plus reconnue comme la meilleure de tous les médias par le public. L’effort de qualité dépend d’autre part de toute la chaîne de l’information.
La Compétence des journalistes pose une question difficile et mal réglée en France. Les conditions de leur recrutement et de leur formation n’ont sans doute jamais fait l’objet d’une réflexion suffisamment approfondie comme celle des médecins ou des ingénieurs, alors pourtant que leurs responsabilités sociales sont au moins aussi fortes. Alors que les techniques et les conditions de circulation de l’information changent profondément, sans doute faudrait-il redéfinir jusqu’où doit aller la formation générale du journaliste, et préciser comment assurer sa formation professionnelle au début et au long de sa carrière. Le principe classique selon lequel le journaliste s’exprime au nom de la liberté d’expression que possède chaque individu est une pure abstraction. Il ne peut justifier le sophisme selon lequel la compétence éditoriale est naturelle et peut se dispenser d’une culture vérifiée et d’une formation spécifique.
L’organisation des responsabilités dans le journal est un autre point sensible pour la qualité de l’information. La chaîne des responsabilités est inévitablement complexe lorsque le journal diffuse de nombreuses éditions variées ou simplement lorsqu’une rédaction rassemble plusieurs centaines de journalistes répartis dans de multiples spécialités. Les professionnels savent que la conférence de rédaction est, par force, plus orientée vers l’organisation du prochain numéro que vers l’analyse de l’information déjà publiée, donc vers l’identification et l’analyse de ses faiblesses et de ses succès. Certaines pratiques, telles que les « cercles de qualité » ont fait leur preuve dans d’autres industries. La presse continue largement à les ignorer.
La responsabilité première de la qualité de l’information est évidemment celle du rédacteur en chef, mais la séparation souvent rigide des responsabilités entre le rédacteur en chef et le directeur de la publication ne se justifie plus lorsque l’avenir du journal et la réalisation de sa mission sont fonction de la qualité de son information. On n’imagine difficilement le directeur d’une fabrique d’automobiles sans avis et sans responsabilité sur la qualité des produits qu’il diffuse. Pourtant, la coordination des deux responsabilités est loin d’être organisée dans tous les titres de la presse.
La question de l’éthique appelle une attention particulière. Le sujet est controversé, partout dans le monde et particulièrement en France. Une abondante littérature, souvent trop théorique, existe sur les instances multiples appelées « conseils de presse », « médiateurs » et autres « ombudsmans ». Un triple procès leur est généralement fait, souvent non sans quelque raison, risque de censure, efficacité réduite et légitimité souvent contestable. Les développements qui suivent permettront de nuancer ces divers griefs parfois contradictoires et de présenter les méthodes qui peuvent permettre de progresser en la matière.
L’efficacité minimale de toute recherche ou expérience sur l’éthique est d’aider les rédactions à prendre conscience du problème, ce qui est déjà considérable.
Une évidence s’impose toutefois dès que l’on aborde ce sujet : le journal doit rendre des comptes à son public et à la société. C’est son intérêt car il n’a de légitimité que par rapport à ses lecteurs. Comme toute entreprise humaine, il lui
arrive inévitablement de se tromper. Son devoir est de le reconnaître et de le corriger le plus vite et le plus clairement possible. Il est faux de penser qu’il n’a de compte à rendre à personne ou qu’il ne peut être jugé que par ses pairs. Les organes de suivi éthique n’ont de sens que par rapport à cette responsabilité publique. En se gardant de devenir des juges, ils peuvent être d’utiles institutions de témoignage. La difficulté à les organiser et à définir leur compétence ne peut pas justifier l’abstention en la matière. Les solutions qui existent notamment dans les pays d’Europe du nord et au Royaume Uni sont sans doute imparfaites. Chacune est adaptée à un type de société et ne peut être transposée sans nuance ailleurs.
Elles montrent néanmoins que l’on peut agir en la matière. A l’heure où la fiabilité de l’information est plus que jamais contestée, le journal, là encore plus que d’autres médias, peut jouer une carte originale, pour progresser dans ce domaine difficile. »
Salouka boureima (extrait du rapport du Groupe de travail sur la presse.  Le rapport a été dirigé par Henry Pigeat et Jean Huteau)



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