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IL ETAIT UNE FOIS MAMOUDOU THIALEL (Par Demba Deme)

Qui demande du bon sens à un fou est un vrai fou lui-même. Mamoudou Thialel que ton âme repose au paradis. Mame Mamoudou vieux debout sur ses 80 ans marchait péniblement sous une charge de 50 kilos portée sur les épaules. Sans domicile ni parents reconnus, Mame Mamoudou faisait de tous les recoins de Matam sa demeure. Tantôt il occupait un lieu tantôt il était contraint de le quitter sous une pluie serrée de pierres jetée par les enfants. En ce moment Matam n’était qu’une petite ville avec moins de distraction qu’elle en dispose aujourd’hui. Nous faisions de notre confrontation avec lui notre jeu favori. Lorsqu’il nous apercevait s’approcher de lui,  le vieux se mettait déjà en position de combat. Il ramassait toutes les pierres qui se trouvaient à sa portée et il en faisait ses armes. Sachant que la confrontation ne jouerait pas en sa faveur, Mame essayait toujours de nous dissuader en utilisant d’abord la force de son verbe venimeux. Il savait crier et savait parfaitement faire dans la menace. Dans son discours injurieux à notre égard Mame criait à qui veut l’entendre qu’il pouvait être cruel car il fût un ancien combattant qui a fait beaucoup de fronts. On l’entendait dire qu’il avait  participé à la guerre d’Indochine et évidemment les deux guerres mondiales. Il nous répétait souvent que nos papas étaient des moins que rien et ne lui arrivaient pas à la cheville dans la bravoure. Il était plus courageux qu’eux. En son temps à lui seul il pouvait tenir en haleine tout un peloton armé..Même si son discours paraissait un peu décousu avec certaines incohérences, on pouvait reconnaître quand même que ce vieux fût dans sa jeunesse un vaillant citoyen qui a servi loyalement sa patrie. Mais nous cela nous importait peu car pour nous un fou restait seulement un fou. Un fou est une personne sans enfants, ni de famille qui devrait être la et à la merci de tout le monde. Croiser ce vieux sans mot dire était pour nous un synonyme de péché grave. Sur injonction de notre chef de file il fallait au moins le lapider. Dans ce combat on ne cherchait point à le blesser mais plutôt à le contraindre à sortir de ses gonds et nous servir les injures les plus amères. On en riait on en dansait même si par moment dans sa riposte il arrivait à mettre certains d’entre nous au KO en les atteignant à la tête par de lourdes pierres. Mame Mamoudou ne se reposait guère car il devait toujours rester sur le qui vive pour pouvoir faire face après le passage des nôtres à d’autres assauts inopinés. Mame a accompagné plusieurs générations de jeunes Matamois. Fatigué, exténué gagné par l’âge Mame Mamoudou tirait enfin sa révérence nous laissant dans un énorme vide. Aujourd’hui un souvenir lointain me hante. Au vu de ta photo je ne puis vous refuser ce petit hommage. Que ton âme repose au paradis.

Demba Deme

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