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Les grandes figures historiques du Fouladou: Histoire d’Alpha Molo Baldé (1800-1881)


I. /. Les Origines du Fouladou
Il faut dire qu’entre le XIème et XIIème siècle, le Fouladou était habité essentiellement par un peuple pacifique appelé les Baïnounks. Au XIIIème alors que Soundjata Keita était l’empereur du Mali, un de ses généraux Tiramakhan Traoré, à la tête d’une expédition, précisément en 1234, traversa toute la partie orientale du Sénégal à travers les provinces du Bundu et de la Haute Gambie pour s’installer en Casamance. Les Mandingues fondèrent ainsi le puissant empire du Mali de l’ouest et chassèrent les autochtones Baïnounks vers la moyenne et la basse Casamance.
Plus tard cet empire devint le Gaabu, les anciens princes Keïta et Traoré furent remplacés par de nouveaux dignitaires casamançais les princes Mané et Sané appelés les Nianthios issus d’un métissage entre les mandingues, les diolas, les baïnounks,les biafadas et les balantes de la verte Casamance.Pour mémoire l’ancienne capitale impériale du Gaabu se trouvait à Mampatim. Par la suite avec l’avènement de Tiramakhan Traoré,elle fut transférée à Kansala, à côté, de la ville de Pirada, aujourd’hui, en Guinée Bissau. Ce vaste empire mandingue s’étendait de la Gambie au nord, en passant par la Casamance jusqu’à la Guinée Bissau, au sud. Le Gaabu était divisé en trente-deux provinces dirigées par des chefs mandingues appelés Farings soumis à l’autorité de Kansala, la capitale impériale.
Parmi ces provinces nous pouvons citer : le Firdu, le Sofaniama, le Kamako, le Diega, le Jimara, le Patim kibo, le Mamboua,le Kamako,le Bissabor,le Birassu,le Sankolla, le Patim Kanjay, le Kudora,le Kantora, le Mamakunda, Niampayo, le Pathiana, le Pakane…
Quant aux Peuls autochtones du Fouladou, ils étaient venus au XVème siècle par petits groupes à partir du Macina, ils traversèrent le Xaaso, le Bundu et s’installèrent en haute Casamance devenu aujourd’hui le Fouladou.
Les Peuls créèrent leurs villages sous l’autorité des princes mandingues, à qui ils payaient des impôts en nature. Le Fuladu signifie en mandingue le pays des peuls.
II. Le règne d’Alpha Molo BALDE
Alpha Molo Baldé naquit vers 1800 à Soulabali, village de la province du Firdu. Sa famille paternelle était d’origine Bambara. Son grand Père NFally Coulibaly venait de Tilibo de l’est (Mali) et fut accueilli par Samba Egué Baldé. Alors que son père Malal devenu Malal Ba épousa Egué, une femme de la famille Baldé . Selon la légende, Egué était atteinte d’une plaie jugée inguérissable au pied. Malal doté de pouvoirs mystiques réussit à la guérir et finit par l’épouser. De cette union naquirent plusieurs enfants dont deux garçons Molo Egué et Bakari Demba. Le jeune Molo Egué fut initié à la chasse par son père au point qu’il devint un grand chasseur d’éléphant.
Selon la tradition orale du Fouladou, il perdit son père très tôt à l’âge de quinze ans et se serait rendu à Timbo dans le Fouta Djallon auprès de l’Almaamy Boubacar. Ce fut au Fouta qu’il poursuivit ses études coraniques. Par la suite Molo Egué prit le nom d’Alpha Molo au sens de guide spirituel.
De retour au Fouladou, il épousa une jeune peule Kummba Wude, de ce lien nuptial, il eut deux garçons : Moussa Molo et Dicory Kummba. Un jour, alors qu’Alpha Molo était à la chasse, Kummba reçut la visite étrange d’un grand marabout et de ses talibés. En l’absence de son mari, elle offrit l’hospitalité au marabout et à ses compagnons en leur donnant de la nourriture et de la boisson conformément à la tradition d’accueil du Fouladou. A sa grande surprise, c’était le célèbre guide religieux, El hadj Omar Foutiyou TALL.
A son retour de la chasse au crépuscule, Molo Egué dit à sa femme toute la satisfaction d’avoir accueilli ce grand homme de Dieu. Il immola un bélier en l’honneur du marabout.
Au moment du départ d’El hadj Omar pour le Fouta Djallon, le marabout pria longuement pour le couple des Molo. Il confia à Kummba Wude qu’elle mettrait au monde un garçon qui porterait le nom du prophète Moussa.

Il aurait un destin exceptionnel. Au moment de la séparation des deux hommes à Dandu, situé actuellement en Guinée Bissau,El hadji Omar exprima toute sa gratitude et sa reconnaissance à Alpha Molo. Il lui annonça qu’il serait le prochain roi du Fouladou, libéré de la domination mandingue.
Toutefois il devrait attendre que les mandingues prissent par la force son bélier destiné au sacrifice. Molo Egué rentra au Fouladou troublé par les prédictions d’El hadji Omar mais garda jalousement le secret. En effet, le séjour du marabout remonterait à la période de 1846 ou 1847, selon les projections historiques.
Pour libérer le Fouladou de la domination mandingue, les peuls s’allièrent à leurs cousins du Fouta Djallon et participèrent ensemble à la bataille de Kansala, la capitale du Gaabu.
En effet, le 13 mai 1867 le Mansa Dianké Waly Sané, le dernier empereur du Gaabu fut assiégé à Kansala. La coalition des armées forte de plus de mille combattants peulhs ne put obtenir la reddition de Dianké Waly qui refusa de se rendre et de se convertir de force à l’Islam.Les jeunes filles gabunkées refusèrent la déportation au Fouta Djallon. Elles préfèrent mourir en héroïnes en se jetant dans des puits..Pour mémoire Mansa Dianké Waly était né à Kabendou au bord de l’affluent du Cayannga, à vol d’oiseau des localités de Diaobé et de Kounkané dans le département de Vélingara à l’est du Fouladou.
Il préféra mourir en héros en faisant sauter la poudrière dans laquelle il s’était réfugié avec ses derniers fidèles. La princesse Koumanthio Sané fut capturée par les peulhs et exilée au Fouta Djallon. Elle se maria avec l’almamy Ibrahima et devint la mère du grand roi peulh, Alpha Yaya Diallo. Ce fut le déclin de l’empire du Gaabu et l’avènement du royaume du Fouladou, sur les cendres de l’empire mandingue.
Au niveau de la province du Firdu, le roi mandingue Karabunting Sané avait son tata et sa capitale à Kansanko. Il faisait payer des impôts en nature à ses sujets peulhs.
Au cours d’une de ses visites à Sulabali, il aperçut un grand bélier attaché devant la demeure de Molo Egué, il le saisit de force. Molo y vit dans cet acte, le signe annonciateur de la prédiction du marabout El hadji Omar Tall.
Au mois d’Août 1869, Molo Egué demanda à ses frères peuls d’attaquer les mandingues pour libérer le Firdu. Beaucoup d’entre eux reculèrent et jugèrent ce projet dangereux.
Pour échapper à d’éventuelles représailles, Samba Egué quitta Soulabali avec sa famille pour se réfugier à Boguel à l’Ouest de Kolda. Molo Egué parvint à vendre quelques taureaux offerts par ses partisans et à acheter des armes à feu en Gambie.
Une réunion secrète fut convoquée au crépuscule par Alpha Molo au site de Bélel Boody à l’est de Soulabaly. L’objectif était de convaincre les peulhs hésitants à participer à la revolte conte les mandingues.Le lendemain une attaque eut lieu à l’aube contre le Tata de Kansonko qui fut incendié. Molo Egué tua le roi Karabunting Sané. Pour se protéger de la riposte des mandingues, il se réfugia à Ndorna y construisit son tata et y installa la nouvelle capitale du royaume du Fouladou.
Sur les conseils de son marabout, le vénéré Thierno Mouhamadou DIALLO de Sobouldé, Alpha Molo envoya des messagers à Labé la capitale du Fouta Djallon auprès d’Alpha Ibrahima pour une aide militaire.
En Février 1870, les troupes mandingues de Famara mané furent battues à Jana par un détachement militaire venu du Fouta Djallon et dirigé par Mamadou Salif.Le trois Novembre 1873, un traité de paix fut signé à Jana entre les Malinkés représentés par Fodé Maja et les Peulhs du Fouladou dirigés par Alpha Molo Baldé.Le 6 Novembre 1880, Samba Egué entré en dissidence fut mortellement blessé et le village de Boguel incendié par les troupes d’Alpha Molo.
Agé et malade, Alpha Molo conformément aux directives de son marabout El hadji Omar Tall se retira à Dandu en Guinée Bissau pour attendre la fin de ses jours. Avant sa disparition, Il avait déjà distribué ses femmes et son bétail à son jeune frère Bakari Demba. Toutefois il prit soin de laisser le commandement du Fouladou à son fils Moussa Molo.
Quelques temps après Alpha Molo, lepremier roi du Fouladou mourut en 1881, d’une maladie connue sous le nom de Kalia. Il laissa trois fils, Moussa Molo, Dicory Koumba et une Fille Koumba Silla. Informé de la mort de son père, Moussa Molo participa aux obsèques et rentra à Ndorna avec les vêtements du défunt conformément aux traditions du Fouladou.
Alpha Molo laissa à son fils Moussa Molo un vaste territoire, le Fouladou. Toutefois la lutte pour la succession d’Alpha Molo dura trois ans de 1881 à 1883. Moussa Molo réussit par la force à écarter son oncle Bakari Demba, le successeur selon la tradition et son frère Dicory Koumba et devint le nouveau roi du Fouladou. Le 14 mai 1903 au matin,le roi Moussa Molo en conflit ouvert avec la France profita du déplacement du Résident français à Hamdalaye,Charles de la Roncière en direction de Sédhiou alors capitale de la Casamance pour couper la ligne télégraphique et prendre ainsi le chemin dramatique de l’exil au Firdou anglais. Le départ de Moussa Molo pour la Gambie sonne le glas de la résistance du Fouladou contre l’administration coloniale française en haute Casamance.
CONCLUSION
En définitive comme nous l’avons dit tout au long de ce travail, les prédictions d’El hadj Omar sont à l’origine du sacre d’Alpha Molo comme roi du Fouladou. Mais son règne éphémère ne dura que quatorze ans de 1867 à1881. Nous avons aussi le pacte de solidarité mutuelle entre les peuls du Fouladou et du Fouta Djallon qui a permis la chute de l’empire Gaabu et l’indépendance du royaume du Fouladou. Par ailleurs le mérite du roi Alpha Molo Baldé est d’avoir balisé le chemin pour l’épanouissement des peuples du Fouladou avant la pénétration française.

Abdourahmane Diallo poète, écrivain et Principal du CEM Bouna Kane de Kolda.


Sources :
Christian Roche : Histoire de la Casamance : Conquête et Résistance (1850-1920), Paris, Karthala, 1985.
La Tradition orale du Fouladou




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