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HISTOIRE/ EL HADJ OUMAR TALL DANS LE FOUTA-DJALLON


C’est sous le règne d’Almamy Oumarou que le grand conquérant El Hadj Oumar arriva dans le Fouta. Il avait décidé d’émigrer de son pays natal dès son retour du pèlerinage aux lieux saints de l’Islam. Les autorités du Fouta-Toro avaient manifesté une grande hostilité à son endroit à cause de sa grande influence politique et religieuse acquis grâce à son instruction et à sa richesse.
De son voyage à la Mecque, El Hadj Oumar avait ramené avec lui beaucoup de biens, de nombreux talibés et disciples formant presque une armée. D’illustres hommes de sciences étaient devenus ses compagnons dévoués. Pendant son séjour dans le Fouta-Toro, la foule d’adhérents à sa confrérie augmenta tous les jours. Cette situation n’était pas pour donner confiance aux chefs politiques qui entrevoyaient le déclin de leur chefferie. Ils élaborèrent toutes sortes d’intrigues pour gêner El Hadj Oumar et empêcher le développement de sa puissance au Fouta-Toro. Ne pouvant vivre dans un milieu aussi dangereux, il décida donc d’entreprendre la guerre sainte et rassembla à cet effet un contingent très important de guerriers. Il quitta son village pour se diriger vers le sud.
Le chef du Fouta-Toro mit aussitôt en garde tous les chefs du sud, avisant notamment l’Almamy du Fouta-Djallon du danger qui le menace s’il hébergeait ce vénérable voyageur dans son royaume ; car il avait, disait-il, le dessein d’occuper le Fouta-Djallon.
Continuant son chemin, El Hadj Oumar atteignit le Fouta-Djallon en 1844. Il pénétra par le Labé où son séjour dura quatre ans.
Quand Oumarou apprit la nouvelle de cette arrivée, il essaya de contrer le projet qui lui a été signalé. Il convoqua à Timbo les éminents marabouts du pays pour consultation. Chacun d’eux ayant donné son avis, l’Almamy conclut que le séjour de ce vénérable voyageur dans son pays n’était pas un danger. Néanmoins il estima qu’il avait le devoir de prendre des dispositions pour que ce séjour ne soit pas prolongé.

Sur sa demande le chef du Labé envoya au devant d’El Hadj Oumar, une importante délégation pour lui souffiaiter la bienvenue. Cette délégation le joignit à Diountou. Pour donner plus de solennité à sa réception, le grand marabout de Zawia, Thierno Alghasimou lui-même en fit partie ; El Hadj Oumar fut très touché par cette rencontre qui prit une signification hautement religieuse.
L’Alfa mo Labé hébergea le vénérable hôte à Satina, village situé à quelques kilomètres de la ville de Labé. Ce village fut son centre de rayonnement. Sa grande réputation et l’influence politique dont il jouissait lui permirent de rassembler autour de lui un très grand nombre de talibés auxquels il distribua l’enseignement arabe. De Satina, il rendit souvent visite au chef du Labé qui lui réserva, chaque fois un accueil digne de son rang de grand marabout et de pèlerin.
De nombreux marabouts vinrent également auprès de lui pour acquérir des bénédictions et compléter leur instruction arabe.
A Labé, il tint de nombreuses conférences sur la religion musulmane à l’intention de la grande foule des fidèles. Au cours de ces conférences il fit des révélations frappantes. Parfois, sur son chemin, il faisait des prédications qui se sont toujours réalisées ; nous en citerons notamment :
Au cours de l’une de ses conférences, un vassal du chef de Labé dit à un de ses voisins :
— Ce marabout cherche à occuper notre pays ; il sortit son sabre de sa gaine et dit encore :
— C’est avec nos sabres que nous le chasserons de ce pays.
Tout en continuant sa conférence El Hadj Oumar lui répondit instantanément :
— C’est avec ce même sabre que ta tête sera coupée. »
Quelques années après, ce vassal se rendit dans le Kinsi, au nord-ouest du Labé, porteur de son sabre. Il y rencontra en pleine brousse le rebelle Iliassou Ningélandé dont nous parlerons plus loin. Iliassou saisit le sabre et lui trancha la tête.
Un jour venant de Satina, El Hadj Oumar rencontra près de Labé, un enfant appelé Amadou. Il lui dit : « Depuis mon arrivée, je te cherche ; j’ai une missive à te transmettre : au nom de Cheik Amadou Tidjani, je te fais son Klialife. Je suis heureux d’avoir rempli ainsi cette mission sacré. » Et il le quitta. L’enfant rentra dans son village Dondé-Koubia, raconta à son pere le fait. Celui-ci se mit en rapport avec El Hadj Oumar, qui lui remit le mandat écrit par lequel il conférait au jeune homme le titre de Khalife Amadou s’instruisit rapidement et acquit le titre de Tierno. Il fuit appelé Tierno Amadou Dondé. Il se livra alors à l’exécution de la charge qui lui avait confiée. C’est grâce à lui que la Tidjania connut un développement florissant dans la contrée.
Une autre fois, sur le même chemin, traversant la rivière Doŋora, qui coule près de la ville de Labé, El Hadj Oumar demande à une fille qui puisait de l’eau, de lui porter à boire. La jeune fille honora cette demande avec politesse. Après s’être désaltéré, El Hadj Oumar remercia la jeune fille et dit à ses compagnons : « Cette jeune fille porte le germe d’un waliyu. » La fille se maria quelques années après à Modi Mamadou mo Modi Bano, marabout résidant à Labé. De cette union naquit le grand marabout Thierno Aliou Bouba Ndiyan, dont l’influence et la vénération dépassèrent les frontières du Fouta-Djallon.
Pendant les quatre ans qu’il passa dans le Labé, El Hadj Oumar reçut la visite de tous les marabouts du pays.
Parmi eux, nous citerons Thierno Sadou mo Dalen, grand poète et auteur de plusieurs ouvrages littéraires et religieux. El Hadj Oumar apprécia beaucoup le talent de Thierno Sadou et lui porta un jugement élogieux. Thierno Sadou est l’un de ceux qui donnèrent à Almamy Oumarou le conseil de ne nullement inquiéter le marabout conquérant. Il éviterait ainsi, disait-il, des ennuis au Fouta. Pour illustrer sa recommandation, Thierno Sadou compara El Hadj Oumar à un piton qui survolait le Fouta en se dirigeant vers l’est. C’est sur cette recommandation qu’Almamy Oumarou autorisa le visiteur à établir son royaume à Dinguiraye.
Après un séjour de quatre ans dans le Labé, El Hadj Oumar fit ses adieux au chef du Labé pour se rendre à Timbo. Il rencontra à Daralabé sur son chemin, l’éminent marabout, Modi Saliou mo Dara qui s’allia à lui. Il mit toute sa famille, ses serviteurs, ses biens et lui-même à la disposition d’El Hadj ; il émigra avec lui jusqu’au Dinguiraye, où il prit une part très active dans l’édification de cette ville, et ne quitta plus Alhadj Oumar jusqu’à sa mort.
De Daralabé, il rayonna dans le Timbi où il laissa des souvenirs inoubliables. Il accorda ses bénédictions à tous les villages visités.
A son retour à Daralabé, il rendit visite au grand marabout Thierno Samba Mombéya, dans le Kolladhe. Dès son arrivée, une querelle éclata entre eux, au sujet du livre Oogirde Malal, que ce dernier avait rédigé en pular, sur le droit musulman. El Hadj Oumar dit à Thierno Samba :
— « Cesse de traduire les écrits arabes en poular, autrement tu feras disparaître la langue arabe dut Fouta. »
Vexé, Thierno Samba répondit :
— A Monbéya les trois bases de l’Islam sont bien connues :
— Ghâl’al’lâhu : Dieu a dit
— Ghâl’ar’rasûlu : Le Messager a dit
— Ghâl’as’shaykhu : Le maître a dit

Il voulait ainsi dire qu’il n’avait rien à apprendre de personne. Mais El Hadj Oumar répliqua d’un ton calme :
— Cela s’arrête à toi.
Depuis, plus personne dans la descendance de Thierno Samba ne put hériter de sa science ni de sa force spirituelle. Thierno Samba est le marabout qui avait conseillé, quatre ans auparavant, Almamy Oumarou :
— « Afin d’éviter qu’El Hadj Oumar ne s’empare du Fouta-Djallon, tu devras refuser de répondre à l’appel de Tokora homonyme), que celui-ci te lancera à sa rentrée dans ta case à Timbo ».
De Mombéya, El Hadj Oumar gagna directement Tamba. Il choisit lui-même son village d’hébergement ; et Diolaké, village situé à quatre kilomètres à l’ouest de Tirnbo, fut son lieu préféré, en raison de l’estime qu’il avait pour les marabouts qui l’habitaient.
Pour atteindre ce village, il fallut parcourir un chemin supposé être hanté du mauvais sort. A la tête de sa caravane, El Hadj Oumar marcha sans inquiétude et évita tous les points suspects jusqu’à Diolaké. Il montra ainsi sa grande science mystique grâce à laquelle il put échapper aux malheurs auxquels tout autre que lui aurait succombé.
A Diolaké, il reçut un accueil chaleureux de la part de la population, qui se sentit honorée par son arrivée, et lui fournit tout le confort nécessaire pour un séjour prolongé.
Dès son arrivée, une foule de fidèles se pressa autour de lui, les uns cherchant à obtenir sa « Baraka », les autres à se mettre à son école ou a recevoir l’initiation au Tidjanisine dont il était le dispensateur.
Après un repos de quelques jours, il fut reçu par l’Almamy Oumarou, qui mit en application la recommandation de Thierno Samba Mombéya. Rentré dans la case du souverain, El Hadj Oumar lui lança :
— Tokora !
L’Almamy refusa de répondre. Il réitéra deux fois, et l’Almamy lui dit d’une voix grave :
— Oo’oh ! Almami alaa tokora (Non, non ! l’Almamy n’a pas d’homonyme). El Hadj Ournar répliqua alors :
— Tidyo dhon Tidyia hen Dyon Dyouhe ! (Mise sur Tidja jusqu’à ce que Diouhé te surprenne !), faisant allusion à Alfa Mamadou Diouhé de Laminiya, qui envahit Timbo un peu plus tard et en chassa Almamy Oumarou (cf. Affaire Houbbou que nous étudierons plus loin) 1.

A la suite du message qu’il avait reçut du Fouta-Toro, Almamy Oumarou observa à l’égard de son hôte une attitude de méfiance. Par contre, son collègue alfaya, Almamy Boubakar mo Bademba lui réserva un accueil chaleureux. Plus sympathique et plus ouvert, il eut des relations très cordiales avec El Hadj Oumar durant le séjour de celui-ci dans le Timbo.
Quielque temps après, son tour au trône ayant expiré, Almamy Oumarou abandonna le poste à son collègue alfaya.
Pendant que celui-ci était en exercice, le parti soriya essaya de l’extirper du pouvoir ; une lutte très âpre s’engagea entre les deux Partis ; mais grâce à la force de persuasion d’El Hadj Oumar, une réconciliation put ramener le calme. El Hadj Oumar demande à son homonyme d’attendre six mois, celui-ci accepta ; et avant l’expiration des six mois, Almamy Boubacar mourut et Almamy Oumarou revint sur le trône sans peine. A partir de cette date la succession au trône fut scrupuleusement observée par les deux partis.
Le séjour d’El Hadj Oumar à Timbo se prolongeant, Almamy Oumarou ne manqua d’exprimer l’ennui que cela lui causait. Un jour, il demanda un volontaire pour se rendre auprès de son hôte, à Diolaké, pour lui faire comprendre ce qu’il ressentait. Un griot s’offrit pour cette mission. Almamy Oumarou le fit accompagner d’un témoin. Quand il arriva, on l’introduisit dans une salle en attendant que le grand marabout soit prêt à le recevoir. Dès que ce missionnaire insolite et son compagnon pénétrèrent dans la salle, le premier mourut instantanément. Surpris par le décès inattendu, le témoin s’empressa de le signaler à El Hadj Oumar, qui lui dit: « Va le signaler à celui qui l’a chargé de mission ; Oumar n’y est pour rien. » Voulant prendre congé des autorités du Fouta, El Hadj Oumar sollicita de l’Almamy un coin de terre, à l’est de Timbo, pour fonder un village. Le souverain lui proposa Aïndé Bouka, constituée par une grande plaine située près de Dabola, arrosée par la grande rivière Bouka. El Hadj refusa cette offre prétextant que Bouka faisait couler les larmes. L’Almamy lui proposa alors, la plaine de Bassan, située non loin de là. El Hadj repoussa encore ce nom qui rappelle la pauvreté :
— La pauvreté provoquant les larmes, je ne souscris pas à ces deux propositions.
C’est alors que le souverain indiqua la plaine de Dinguirawi (Dinguiraye), située plus loin, à l’est.
— Je préfère une grande étable à la pauvreté qui fait couler les larmes, répondit le vénérable hôte.

Dès que le jour du départ fut fixé, l’Almamy convoqua tous les grands marabouts du Fouta afin de donner à ce départ une grande solennité, car El Hadj Oumar jouissait dans le pays d’une considération sans limite. Devant une assistance très importante, El Hadj Oumar prononça un discours très éloquent. En terminant il conclut :
« Ka — Ko — Kol », et se tut.

L’Almamy demanda aux marabouts de lui répondre. Comme de coutume, dans pareilles circonstances, la parole revint au Labé, et ce fut Thierno Sadoul mo Dalen qui eut l’honneur de répondre au partant. Il ne fut pas moins éloquent et conclut aussi en termes voilés :
— Da — Da — Doun»
L’assistance fut émerveillée. Les significations des deux discours restaient hermétiques pour elle. Pourtant, Thierno Sadou put en donner le sens clairement. El Hadj Oumar disait en conclusion, qu’il avait constaté, pendant son séjour que le Fouta ne comptait que des pierres, de la famine et des sans vêtements :
Ka = Kaayhe (pierres)
Ko = Kooyhe = (famine)
Kol = Kolndan (dénuement au sens de manque de vêtement)

Thierno Sadou lui dit, au contraire, que le Fouta était un pays où abondent la foi, l’eau fraîche et les fruits :
« Da = Dîna (religion)
Da = Ndiyan (eau)
Doun = Dimdhe (fruits) »

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