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1 ER DECEMBRE 1944, 1 DECEMBRE 2020/ 76 ANS HOMMAGE A IBA DER THIAM: IL Y A 76 ANS THIAROYE 44

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En 1944, la deuxième guerre mondiale n’était pas achevée, la censure militaire était toujours établie ; la censure et le mensonge d’État pratiqués ensuite par les autorités françaises ont eu pour conséquence que ces événements sont restés très largement inconnus en France, et plus généralement hors du continent africain, jusqu’au début des années 2000. Le massacre du camp de Thiaroye n’est devenu objet de recherche historique et de publications que progressivement, et surtout récemment. Or il est un des événements les plus sanglants de l’histoire de l’Afrique de l’ouest dans les années 1940-1960. Aujourd’hui des travaux historiques décisifs permettent de clarifier ce qui s’est passé au camp de Thiaroye le 1er décembre 1944.
L’historienne Armelle Mabon a été déboutée de sa plainte en diffamation contre son confrère Julien Fargettas par la 17e cour correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, vendredi 12 mai. La maîtresse de conférences à l’université de Bretagne-Sud, spécialiste des prisonniers de guerre « indigènes », avait porté plainte en septembre 2014 après la publication par M. Fargettas d’une Lettre ouverte au président de la République, publiée sur le site de la revue Etudes coloniales, puis sur celui de l’hebdomadaire Jeune Afrique.
Il est rare que les controverses scientifiques se règlent par médias interposés en prenant à témoin le chef de l’Etat, mais la tragédie de Thiaroye reste une plaie dans la mémoire entre la France et le continent africain.

La mémoire du massacre de Thiaroye n’a jamais disparu en Afrique de l’Ouest, particulièrement au Sénégal, lieu du drame ; elle fut et reste transmise depuis plus de soixante dix ans. Concernant la France, on ne peut parler de mémoire de Thiaroye : jusqu’au début des années 2000, les faits qui se sont déroulés au camp de Thiaroye le 1er décembre 1944 sont restés quasiment ignorés. Au moment où le massacre a eu lieu, presque aucune information n’a filtré jusqu’en France. Le travail mené pour une histoire du massacre de Thiaroye est une synthèse de lecture de plusieurs livres et articles, mais prend aussi appui sur des émissions de radios ou films. Le lecteur n’y trouvera pas la présentation de documents d’archives inédits, ou de témoignages nouveaux. L’objectif poursuivi est de mettre à disposition du grand public, et particulièrement de la jeunesse,

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scolarisée ou pas, et des enseignants, un document assez bref et simple, tenant compte des avancées du travail des historiens sur le sujet « Thiaroye » durant les dernières années. Présenter un tel document de synthèse participe de la mise en circulation, de la mise en partage, du savoir historique. Dans le cas du massacre de Thiaroye, évenement tragique et extrêmement douloureux qui se situe au croisement du passé de l’Afrique de l’Ouest et de celui de la France, ancienne puissance colonisatrice, c’est un enjeu réel. Désormais il n’est plus possible, pour quiconque tient à un travail d’histoire rigoureux, de parler de Thiaroye comme d’une mutinerie de tirailleurs sénégalais réprimée de façon sanglante par l’armée française. Le mot « mutinerie » fut formulé par les autorités françaises de l’époque et il fut le nom le plus souvent utilisé par les historiens pour qualifier l’événement jusqu’au début des années 2000. Nous verrons que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Si au camp de Thiaroye, le matin du 1er décembre 1944, ce ne fut pas « une répression d’une mutinerie » qui s’est produite, que s’est-il donc réellement passé ? Ce Cahier contribue à ce que chacun puisse disposer des éléments de réponse.

I. Thiaroye 1944.

  1. Répression d’une « mutinerie » ?

La version officielle de l’événement du 1er décembre 1944 à Thiaroye fut pendant 70 ans celle d’une « mutinerie » de tirailleurs sénégalais, soldats de l’armée française, réprimée par les armes, dans le sang. « Mutins », les soldats africains tués et blessés au camp de Thiaroye par les balles françaises étaient ainsi présentés comme seuls coupables, comme le furent leurs camarades condamnés par le tribunal militaire de Dakar en mars 1945, et jamais réhabilités depuis.

Si le nom de « mutinerie » était le plus souvent repris par les historiens, il n’en restait pas moins que des approches différentes existaient concernant la responsabilité des autorités françaises dans ceuxci.

Les recherches qui ont permis de mettre réellement en cause la version officielle française , celle de la répression nécessaire d’une mutinerie, datent de la décennie 2000-2010. Tout d’abord parce que l’accès à certains documents d’archives militaires françaises était désormais légal, mais aussi parce qu’en 2013-2014, à la suite de la visite du président français François Hollande à Dakar e

2Le principal mérite du travail d’Armelle Mabon, en s’intéressant aux prisonniers de guerre « indigènes », jusqu’alors ignorés des historien-ne-s, est de fournir une solide et précieuse description de leurs conditions de captivité dans les frontstalags. L’auteure retrace leur vie quotidienne et les formes de solidarité et d’assistance, y compris les soutiens intellectuels et spirituels, dont ils bénéficièrent. Elle montre les difficultés pour les prisonniers « indigènes » d’échapper à leur sort : leur évasion ou leur obtention d’un rapatriement sanitaire était rarement synonyme de leur retour au pays, en raison du ralliement de certains territoires à De Gaulle ou faute de moyens financiers. Mais l’auteure décrit également le destin collectif des prisonniers « indigènes », depuis les massacres 2 dont ils furent victimes par les troupes nazies (lors de la fin des hostilités en 1940) jusqu’à la libération des frontstalags, aux conditions difficiles de leur retour et à la construction de leur oubli.
• 3 Voir : Jean-Yves Le Naour, La Honte noire. L’Allemagne et les troupes coloniales françaises, 1914-1 (…)
3Alors que les prisonniers de guerre blancs furent envoyés en Allemagne, les prisonniers « indigènes » furent enfermés dans des frontstalags implantés en métropole. Armelle Mabon analyse cette différence de traitement comme le résultat de ce qui a été appelé en Allemagne la « honte noire » 3, c’est-à-dire l’occupation, en 1919, de la rive gauche du Rhin par les troupes coloniales noires. L’auteure montre également comment les propagandes nazies et françaises se sont emparées de ces prisonniers « indigènes », notamment en les obligeant à jouer dans des films. La propagande nazie a tout particulièrement utilisé des prisonniers noirs, dans des mises en scènes dégradantes de leur capture, à travers des images destinées à humilier la France. Mais les prisonniers « indigènes » ont servi autant à promouvoir les principes de la Révolution nationale et à contrer l’influence gaulliste et communiste qu’à contrer une propagande allemande jugée dangereuse car « anti-française » et surtout anticoloniale, appelant à la révolte contre le « joug colonial français » dans la perspective d’une Eurafrique future.
4L’exploration par Armelle Mabon des relations entre les prisonniers « indigènes » et les métropolitains ouvre d’intéressantes perspectives. L’implantation en métropole des frontstalags les a favorisés et, si la défiance n’a pas été absente, la chercheuse décrit également les formes diverses des solidarités locales. Elle évoque notamment la façon dont de nombreuses assistantes sociales – dont l’engagement fut dénigré à la Libération – ont transgressé les lois vichystes en se servant de leur institution comme bouclier. Elles ont ainsi contribué, de multiples façons, à la Résistance, en aidant des prisonniers de s’évader, puis à rejoindre les maquis ou la zone Sud.
5Armelle Mabon consacre d’intéressants développements aux « marraines », ces femmes et jeunes filles que les prisonniers appelaient parfois « maman », mais avec qui aussi – comme du reste avec les assistantes sociales – certains nouèrent des relations amoureuses. Le « marrainage » est décrit sous ses divers aspects, qu’il ait été synonyme, pour les « indigènes », de leur apprentissage du français et de leur évangélisation, d’amours réprouvés socialement, ou d’un engagement dans la Résistance. En effet, nombre de marraines appartenaient à l’Union Nationale des Combattants Coloniaux (UNCC) de Paul Hauet, dans laquelle était notamment impliquée Germaine Tillion.
6Après la Libération, à leur retour dans leur pays, les anciens prisonniers de guerre « indigènes » ont rarement été accueillis avec les honneurs. Pire, leur rapatriement a souvent été très tardif et surtout il est passé par un encasernement émaillé de nombreux incidents, comme ceux de Saint-Raphaël (19 août 1945) ou de Thiaroye (près de Dakar). La dramatique histoire de la « mutinerie de Thiaroye », à laquelle Armelle Mabon consacre un long développement, était surtout connue grâce au remarquable film Le Camp de Thiaroye (1988) de l’écrivain et cinéaste sénégalais Ousmane Sembène. Prétextant que les anciens prisonniers de guerre, qui demandaient d’obtenir leurs droits d’anciens prisonniers de guerre, se seraient mutinés, l’Armée française, en décembre 1944, tua 35 « tirailleurs sénégalais » et fit autant de blessés : 45 « mutins » furent incarcérés et condamnés, avant d’être finalement graciés en juin 1947. Or la propagande allemande, mais aussi l’« usage du vin et de la femme blanche », ont souvent été tenus moralement responsables de la « mutinerie de Thiaroye ».
• 4 Nom d’un mouvement d’anciens prisonniers exigeant de ne plus avoir à quitter chaque année leur pays (…)
7Armelle Mabon rend compte de l’injustice et du mépris dont s’est rendu coupable l’État envers les prisonniers de guerre « indigènes ». Ceux qui sont aujourd’hui encore – après le succès populaire du film Indigènes (Bouchareb, 2006) et les déclarations d’intentions qu’il a suscitées – « oubliés de la république » 4 ont subi, avant même la fin des hostilités, de nombreuses formes de discrimination : du « blanchiment » de la l’Armée de libération (en particulier de la Division Leclerc avant sa libération de Paris) aux formes prises par la hantise du métissage (notamment les mesures contre les unions mixtes et la privation des pères « indigènes » de leurs droits paternels), on découvre non seulement le sort des enfants métis et le racisme dont ils furent victimes, mais aussi les prémices de la « construction de l’oubli » des « indigènes ».
• 5 http://addiba.free.fr/index.html
8Armelle Mabon, dans Prisonniers de guerre « indigènes », ne prétend pas épuiser le champ qu’elle explore. Si l’auteure esquisse des comparaisons entre la fin de la première et de la seconde guerre mondiale, elle évoque la nécessité de mieux saisir les conditions de rapatriement et d’accueil des anciens prisonniers de guerre « indigènes » afin de comprendre les effets de l’expérience collective de la guerre et de l’enfermement, notamment dans la construction de consciences politiques et de futurs engagements dans les luttes de décolonisation. Il est tout aussi nécessaire que soit examiné, au-delà de la figure de Mamadou Addi Bâ 5, surnommé le « maquisard noir des Vosges », ou de l’histoire des 52 tirailleurs sénégalais qui se trouvaient dans le maquis du Vercors en juin 1944, le rôle des « indigènes », et notamment des anciens prisonniers de guerre, dans la Résistance
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Martin Mourre, Thiaroye 1944. Histoire et mémoire d’un massacre colonial, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2017, 240 p., préface d …
de N Lepoutre · ‎2017
L’historien sénégalais, Iba Der Thiam a souligné
, l’importance de la confrontation des sources dans la
clarification des ’’zones d’ombres » entourant la fusillade mortelle
des Tirailleurs sénégalais le 1er décembre 1944 au camp militaire de
Thiaroye, dans la banlieue de Dakar.
« La confrontation des auteurs, historiens, acteurs et certains témoins
permettra de déceler des parcelles de vérités qui, misent une à une,
permettront de savoir ce qui s’est passé le 1 er décembre 1944 », avait dit
le président du Comité Ad-doc pour la valorisation des archives de
Thiaroye 44 (Covart 44).
Le Pr Iba Der Thiam intervenait à l’ouverture d’un pré-colloque sur le
thème « Thiaroye 44. Le prix de la liberté (1943-1969) », en présence du
Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne. Des experts venant de
plusieurs pays africains participent également à cette rencontre.
Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre 1944, des dizaines de
« tirailleurs sénégalais’’, terme générique désignant en réalité des
soldats originaires des pays de l’Afrique occidentale françaises (AOF)
qui réclamaient le paiement de leurs soldes avaient été tués par
l’armée coloniale française dans le camp de Thiaroye, d’où ils
devaient rejoindre leurs pays respectifs.
« Vous avez différents chercheurs, des historiens qui n’ont pas les
mêmes points de vues, certains estiment qu’il y a eu mutineries,
d’autres soutiennent qu’il n’y a jamais eu de mutineries. Selon que la
thèse de la mutinerie soit adoptée ou rejetée, il est sûr et certain
que l’évolution des évènements présentera une tournure différente », a
soutenu l’historien, initiateur de cette rencontre.
Selon lui, « d’autres estiment qu’on n’a jamais clarifié les sommes
d’argent que l’on devait à cette catégorie pour savoir ce qu’ils sont
devenus après la fusillade. S’il faut tirer au clair tout cela, il
représente un intérêt d’un plus haut point ».
« Le pré-colloque venait à son heure en ce sens qu’il donnait aux experts
l’opportunité de revisiter notre histoire jalonnée par des évènements
glorieux certes, mais aussi par des épisodes dramatiques et
douloureuses comme celle qui s’est déroulé le 1er décembre 1944 », avait de
son côté estimé le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne.
Selon lui, « l’épisode de Thiaroye représente l’un des symboles les
plus emblématiques de notre héritage colonial » et « reste gravée dans
notre mémoire collective ».
« Le président de la République qui a mis en place le +Covart 44+ vient
une fois de plus témoigner de tout son attachement à la manifestation
de la vérité sur cette épisode sombre de notre histoire partagée et,
partant, de sa farouche volonté de réhabiliter les Tirailleurs
sénégalais dans leur dignité », a indiqué M. Dionne.
Il a ajouté : « en balisant la voie de la longue marche vers la
recherche de la vérité, le Sénégal s’inscrit dans la réconciliation
des mémoires africaines et françaises ».
Plus de 70 ans après cette affaire, « il était légitime que le Sénégal
ainsi que les autres nations africaines libres réécrivent cette page
de notre histoire », avait-il fait valoir.

• Armelle Mabon. Prisonniers de guerre « indigènes »: visages oubliés de la France occupée. La Découverte, 2019, 978-2-348-04343-7. ⟨hal-02468704⟩
• Armelle Mabon, Gwendal Simon, Stéphane Hessel, Université Sud. L’engagement à travers la vie de Germaine Tillion : [actes du Colloque organisé par l’Université Bretagne Sud et le Cerhio en partenariat avec le Réseau scientifique Terra, l’Institut Maghreb Europe (Université Paris 8) et la ville de Lorient les 26, 27 et 28 mai 2010 à Lorient. Riveneuve éditions, 2013, 978-2-36013-120-4. ⟨hal-02468713⟩
• Armelle Mabon, Arnaud Aldeguer. RSA. Institut universitaire professionnalisé Politiques sociales et de santé publique. 2010. ⟨hal-02468490⟩
• Armelle Mabon. Prisonniers de guerre indigènes : visages oubliés de la France occupée. la Découverte, 2010, 978-2-7071-5078-3. ⟨hal-02468703⟩
• Armelle Mabon. Prisonniers de guerre « indigènes » : visages oubliés de la France occupée. La Découverte, pp.293, 2010. ⟨halshs-00494545⟩
• Armelle Mabon. L’action sociale coloniale en Afrique occidentale française du front populaire à la loi-cadre (1936-1956): mythes et réalités. ANRT, 2001. ⟨hal-02468491⟩
• Armelle Mabon. L’action sociale coloniale: l’exemple de l’Afrique occidentale française du Front populaire à la veille des Indépendances. L’Harmattan, 2000, 978-2-7475-0145-3. ⟨hal-02468492⟩
• Armelle Mabon. Discours et réalités de la politique d’action sociale coloniale en Afrique occidentale française: 1930-1958. 1992. ⟨hal-02468493

ALIOUNE NDIAYE
INSPECTEUR DE L’EDUCATION
SECRETAIRE GENERAL NATIONAL DU
PARTI POLITIQUE REGARDS DIFFERENTS POUR UN DEVELOPPEMNT DURABLE (R3D)
Tel 00 221 77 635 28 12
Email aln.presidentr3d@gmail.com




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