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Zoom sur la Fondation UCAD : « C’est bien malheureux ce cycle de violences à l’université, mais le défi justement, c’est de renverser cette tendance… franchises universitaires ne signifie pas zone d’insécurité, d’impunité… » (Mme Aminata Niang)

Mme Aminata, née FALL épouse NIANG, est une mère de famille, citoyenne sénégalaise. Elle juriste et expert fiscal agréé, inscrite à l’Ordre. Mme Niang est la fille ainée de Feu Tanor Latsoukabé FALL, plus connu sous le nom de Tanor Thiendella FALL du fait qu’il est fils de El Hadj Thiendella Nguenar FALL (et de Ndatté FALL). Son père était notamment Inspecteur des Impôts, fonctionnaire international, banquier et Directeur Général de ce qui fut l’Union Sénégalaise de banques (USB) devenue depuis lors le Crédit Lyonnais, aujourd’hui le Crédit du Sénégal Attijari. Il est titulaire de plusieurs décorations nationales et étrangères. Mme. NIANG a obtenu à l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (UCAD) une maîtrise (on dit maintenant Master!) en droit des affaires et un DESS en droit bancaire et fiscalité. Elle est également titulaire d’une maîtrise d’anglais. Elle a intégré la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) il y a 23 ans, où elle occupe actuellement les fonctions de Directeur Général de l’Organisation et des Systèmes d’Information au Siège. A ce titre, elle coordonne les activités de quatre Directions (Direction de la Comptabilité, Direction du Contrôle de Gestion, Direction de l’Organisation et des Méthodes et Direction des Systèmes d’information). Antérieurement à ce poste, elle a occupé différentes fonctions à la BCEAO, notamment Juriste SENIOR, Directeur des Affaires Juridiques, Directeur de la Sécurité, Directeur de l’Organisation et des Méthodes et Conseiller du Directeur Général de la Stabilité et de l’Inclusion Financières en charge des projets « Implémentation des Normes de Bâle II et Bâle II dans l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) » et « Révision du Plan Comptable Bancaire de l’UMOA ». Auparavant, elle a travaillé pendant 10 ans comme Conseil juridique et fiscal au Cabinet Coopers & Lybrand Aziz DiIEYE, où elle été embauchée quasiment dès sa sortie de l’université. En dehors de ses activités professionnelles, elle m’intéresse aux questions de justice sociale, de droits humains (droits des femmes et des enfants, en particulier) et aussi de développement durable. Voulant être utile à sa société dans ce domaine, elle est devenue membre, il y a une trentaine d’années, de l’Association des Juristes Sénégalaises (AJS) dont elle est membre du Conseil d’Administration. Par ailleurs, depuis 2010, elle est la Présidente de la Fondation UCAD, université dont elle est un pur produit. Dans cet entretien exclusif, elle revient avec Daakaractu sur les raisons de création de la fondation UCAD, sur ses objectifs, sur quelques réalisations et sur les grands défis de l’heure.

 

Vous êtes très intéressée par les questions de justice sociale. Est-ce que ceci est à l’origine de la création de la Fondation UCAD ? C’est d’abord quoi la Fondation? D’où vous est venue l’idée de la mettre en place ?

Ce n’est pas moi qui ai créé la Fondation. L’idée est née de l’ancien Recteur de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (UCAD), le Professeur Abdou Salam SALL, à qui je rends hommage au passage. Il a été inspiré notamment par le système universitaire anglo-saxon dans lequel les anciens de l’université, les Alumni comme on les appelle, reviennent dans leur établissement et, en retour de la formation reçue, s’impliquent dans son fonctionnement (financement des activités, encadrement des jeunes pour leur insertion professionnelle, partage d’expertise, etc) dans un esprit d’entraide et de solidarité transgénérationnelle. En Amérique du Nord (USA, Canada) où c’est très courant, le budget de nombreuses universités est financé par leurs diplômés à 80, voire 90%. Donc le sentiment d’appartenance à l’université est cultivé et peut être extrêmement fort. Certaines personnalités aux Etats Unis arborent en permanence un pins de leur université, voire personnalisent la plaque d’immatriculation de leur voiture avec le logo de leur université ! Abdou Salam SALL a eu cette idée géniale, qu’il a fait valider par l’Assemblée de l’Université en 2006. En 2009, l’Assemblée Générale constitutive de la Fondation UCAD s’est tenue dans les locaux de l’université, en présence de plusieurs personnalités anciens étudiants de l’UCAD. J’ai été conviée à cette AG à ce titre et j’ai eu le grand honneur d’être choisie par les membres Fondateurs comme Présidente du Conseil de Fondation. Une fois mise sur pied, la Fondation a engagé la procédure de reconnaissance d’utilité publique, statut qui lui a été reconnu en janvier 2010 par décret du Président de la République. J’avoue que j’ai tout de suite été séduite par cette idée de Fondation dans la mesure où elle m’offrait l’opportunité d’aider bien modestement à créer davantage de justice et d’équité sociale, en l’occurrence dans le milieu universitaire. Théodore Monod, parrain du Musée d’art africain de l’IFAN, disait: « Le peu que l’on peut faire, le très peu que l’on peut faire, il faut le faire quand même » !

 

Vous avez dit, c’est vrai, que les gens doivent revenir un peu dans cette université qui les a formés….

L’objectif c’est globalement quoi ? 

Et bien, la Fondation a globalement pour objectif de trouver des ressources financières complémentaires et de les mettre à la disposition de l’UCAD afin de l’aider dans le financement de ses activités pédagogiques et sociales au profit des étudiants et des enseignants.  En d’autres termes,  disons que c’est un moyen alternatif de financement du budget de l’université. Celui-ci est certes pris en charge par l’Etat, mais justement l’Etat ne peut pas tout faire, alors que les besoins de l’université sont criants… Pour réussir ce challenge, la Fondation vise principalement à faire appel aux anciens de l’université dont elle doit renforcer le sentiment d’appartenance à l’UCAD et l’esprit de solidarité intergénérationnelle au sein de la communauté universitaire et dans les rapports entre cette communauté et le reste de la société. Il faut rappeler que l’université de Dakar (ancienne dénomination), créée en 1957 par l’administration coloniale de l’époque, était la 1ère université francophone et couvrait toute l’Afrique occidentale française (AOF). Plusieurs générations d’étudiants en sont diplômés et font aujourd’hui sa grande fierté. Ils sont devenus de très hauts cadres (ministres, ambassadeurs, fonctionnaires internationaux, chercheurs, etc). Je pense que c’est la seule université au monde qui compte parmi ses alumni trois Présidents de la République en exercice, à savoir :  les Présidents Macky SALL du Sénégal, Ibrahim Boubacar KEITA du Mali et Patrice TALON du Bénin. L’ancien Président du Sénégal Maître Abdoulaye WADE y a enseigné. L’ex Président du Bénin M. Yayi BONI est un diplômé de l’UCAD. Mme Henriette Dagri DIABATE, Grande Chancelière de l’Ordre National de la Côte d’ivoire y a étudié. Et je peux en citer d’autres encore…. C’est donc une université à vocation panafricaine qui avait une excellente réputation.

Toutefois, aujourd’hui elle a besoin de  redorer son blason tant elle est confrontée à de sérieuses difficultés qui ont pour nom surpopulation, enseignants en nombre insuffisant, grèves fréquentes avec comme corollaires la violence et l’insécurité.

Tout cela a des incidences négatives sur la qualité des enseignements, bien évidemment. Les anciens et amis de l’UCAD doivent revenir à leur Alma Mater et la Fondation UCAD veut s’appuyer sur un réseau fort d’alumni, pour constituer autour de l’université une communauté d’intelligences et de synergies afin de la conforter dans une position d’université d’excellence, au service de l’Afrique.

Parmi les objectifs spécifiques de la Fondation, on peut citer tout d’abord le financement de la recherche. En effet, les activités de recherche sont particulièrement importantes  à l’université mais elles ne sont assez pas développées, ni suffisamment utilisées. Or, la recherche c’est la clé de voûte du système éducatif, le futur, et si nous n’y travaillons pas, nous dépendrons des travaux d’autres pays pour nous développer. Nous avons de grandes capacités en la matière, mais les travaux qui sont menés à l’université n’atteignent pas un niveau adéquat faute de moyens. Donc l’un des objectifs spécifiques et primordiaux de notre  Fondation, c’est d’aider à financer la recherche et à valoriser ses résultats. Un deuxième objectif concerne le soutien aux étudiants face aux difficultés qu’ils rencontrent dans leurs conditions de vie (social, hygiène, environnement) et d’études (pédagogique). En vrac, il n’y pas assez de lits, la nourriture doit être améliorée, les toilettes sont insuffisantes et inadaptées, les amphis sont bondés car les effectifs sont pléthoriques, ils ont explosé. L’université qui était conçue pour 30 000 étudiants je crois, en compte aujourd’hui plus de 100 000. Par conséquent, il faut renforcer et moderniser les infrastructures. Au titre du volet social et du quotidien des étudiants que j’ai évoqués tantôt, la question de la santé est essentielle. Effectivement un bon nombre d’étudiants vivent avec des handicaps physiques ou des maladies. Les diabétiques ne trouvent pas leur bonheur dans les restaurants universitaires, les étudiants drépanocytaires sont exposés à différentes problématiques, les étudiants à mobilité réduite ont été « oubliés » dans la construction des bâtiments. Bref, la liste des maux est longue…Pour les étudiants handicapés moteur nous avons pu, et là j’anticipe un peu sur le volet « Réalisations de la Fondation », leur offrir un bus spécifiquement conçu pour eux que nous avons acheté à vingt millions aux Etats-Unis, grâce au soutien de généreux donateurs, de mécènes qui sont membres du Conseil de Fondation. J’ai nommé principalement M. Ameth AMAR, PDG du Groupe NMA SANDERS. Au total, le volet conditions de vie et d’études des étudiants occupe une place très importante dans les objectifs de la Fondation. Je ne saurais oublié, loin s’en faut, un volet fondamental qui est celui de l’aide à l’insertion socioprofessionnelle des étudiants. Ils ont besoin de stages, d’apprentissage, parfois de bourses pour aller à l’étranger compléter leur formation, ou plus simplement de trouver du travail après leurs études. La Fondation est très attendue en la matière.

Et vous réussissez à accomplir quelques-unes de ses ambitions?

Oui, il y a un début encourageant. Nous avons des projets dans ce domaine, notamment en relation avec certains membres du Conseil de Fondation qui nous soutiennent et travaillent dans ce sens.  Récemment nous avons eu d’ailleurs des échanges avec certaines structures qui nous fondent à croire que très bientôt nous pourront faire d’autres actions liées à l’employabilité des jeunes primo-sortants. Mais je peux citer juste quelques exemples de réalisations, pour ne pas être exhaustive. Ainsi, nous avons pu financer un étudiant pour un stage de perfectionnement de 3 mois à l’université de Lorraine, en France, et allouer des bourses d’études à deux jeunes filles mères qui avaient abandonné leurs études, ainsi qu’à trois autres jeunes filles vivant avec un handicap. L’une d’elles a soutenu sa thèse en pharmacie et nous l’avons suivie jusqu’à son recrutement dans la Fonction Publique et son affectation au Centre Talibou DABO. Six autres cas sociaux ont aussi bénéficié de nos bourses. Ca, c’est dans le cadre de notre projet Appui au leadership féminin, qui sera complété par le projet Construction d’une crèche pour les enfants du personnel de l’UCAD, avec une priorité pour les étudiantes afin que la maternité ne soit plus un handicap pour la poursuite des études.

 

 

Comment avez-vous structuré la fondation?

L’architecture organisationnelle de la Fondation UCAD comprend, d’une part, un organe d’orientation et de validation qui est le Conseil de Fondation ; il est composé de 17 membres dont moi-même qui en suis la Présidente. Il y a aussi, d’autre part, un organe exécutif qui est l’Administratrice Générale, en la personne de Madame Mariétou Diongue DIOP, ancien Directeur du Livre et de la Bibliothèque Universitaire à la retraite, mais qui continue de se dévouer pour l’UCAD à travers la Fondation et qui est extrêmement engagée.

Les membres du Conseil ont été choisis dans le milieu universitaire et en dehors de celui-ci, de façon à créer un pont entre l’université et la société dans sa diversité. C’est ainsi que nous avons des membres de droit qui sont le Recteur de l’UCAD,  le représentant du ministre de tutelle technique, c’est-à-dire le Ministre de l’enseignement supérieur et le représentant de la famille du parrain de l’UCAD, à savoir  le Professeur Cheikh Anta DIOP. Les autres membres sont des professionnels issus de domaines divers (banquier, pharmacien, médecin, avocat, chefs d’entreprises, journaliste, artiste, juriste, expert, etc). Vous trouverez dans le prospectus que je vous ai donné la liste complète nominative des membres actuels du Conseil. La Fondation comprend également quatre Commissions présidées par des membres du Conseil. Il s’agit des Commissions Relations avec les Diplômés et Amis de l’UCAD (i),Relations avec les Entreprises (ii), Requêtes de Financement (iii) et Fonds de dépôt (iv).

 

Où pensez-vous trouver les moyens de vos ambitions, notamment financer la recherche, les infrastructures, appuyer les étudiants dans le domaine social, leur cadre de vie, leur santé, etc. ?

Il y a tout d’abord les contributions des membres de la Fondation et des amis de l’UCAD qui ont permis de constituer dès la création de la Fondation (ainsi que l’exige d’ailleurs la loi sur les fondations au Sénégal) un fond de dotation important au regard de nos ambitions et qui frisait les cent millions. Mais comme vous pouvez le deviner, il s’est révélé rapidement insuffisant pour tous nos projets et pour la gestion administrative de la Fondation. Au demeurant, nous ne pouvions de façon pérenne continuer à fonctionner avec uniquement des dons. Quoique, là où on attend véritablement le plus d’argent c’est à travers les anciens et amis de l’université. Savez-vous que dès que vous avez le baccalauréat sénégalais vous êtes considéré comme diplômé de l’UCAD ? Et oui parce que  cet examen est organisé par l’Office du Bac qui est au sein de l’UCAD et que c’est le Recteur qui signe le parchemin ! Imaginez-vous que parmi les milliers de diplômés que compte l’UCAD et dont elle ne profite pas assez, si seulement 10 000 donnent chacun 10 000 FCFA par mois à la Fondation, cela fait une manne financière de plus d’un milliard par an. De quoi financer tous nos projets pour l’UCAD, n’est-ce pas ? La Commission Relations avec les Diplômés et Amis de l’UCAD est à pied d’oeuvre pour relever ce grand défi et il est parfaitement réalisable. Une fois l’argent obtenu, la Commission Requêtes de Financement pourra notamment examiner toutes les demandes de financements formulées par les structures de l’UCAD (facultés et instituts) ainsi que par des étudiants, et y donner suite dans la mesure du possible.

Par ailleurs , la Commission Fond de dépôt est chargée de constituer et de faire fructifier un fonds de dépôt et un fonds d’investissement dont les retombées doivent également constituer une source autonome de financement pour la Fondation, lui permettant de pérenniser ses actions et de construire un ou plusieurs immeubles de rapport , mais aussi un Siège. Car pour l’heure, c’est l’UCAD qui abrite le Siège de la Fondation à la Cité Claudel, au n°69 Allée les Flamboyants.

Afin de mieux maîtriser cette manne financière potentielle constituée par les anciens de l’université, nous avons organisé le premier Homecoming de l’histoire de l’UCAD, du 1er au 5 décembre 2018. Le Homecoming est un concept anglo saxon qui vise à faire revenir les diplômés à l’université. Pour une première, c’était une réussite en termes de niveau et de nombre de participants. Cela a été un moment fort de retrouvailles et d’émotion, qui a permis de revivifier l’esprit de Dakar et le rôle précurseur de l’université des années 50-60 comme creuset d’intégration. La leçon inaugurale a été donnée par Mr Mohamed BAZOUM, Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité Publique, de la Décentralisation et des Affaires Coutumières et Religieuses du Niger, diplômé de l’UCAD. Des participants alumni sont venus de tous les pays de l’UMOA, de la CEDEAO, des Comores, du Congo, du  Gabon, du Maroc, de la Mauritanie, etc.

Dans le cadre du Homecoming,  nous avons également organisé une grande campagne de levée de fonds avec comme objectif de collecter « UN MILLIARD pour les grands projets de la Fondation UCAD ». Parmi ceux-ci on peut citer l’équipement de la Polyclinique de l’université qui va renforcer le plateau médical de Dakar avec des soins de qualité.  Elle est déjà fonctionnelle ; des professeurs et étudiants en médecine de spécialité diverses y reçoivent des malades et s’y forment.  Nous avons aussi comme ambition de financer le Centre de mesure de l’université qui doit permettre à l’essentiel de la recherche de se faire localement.

Le volet amélioration du taux de réussite et insertion professionnelle des étudiants n’est pas en reste, notamment avec l’appui aux filières de formation professionnelle et à l’incubateur INNODEV qui accompagne les étudiants et enseignants-chercheurs porteurs de projets de création d’entreprise. Car tout le monde ne peut et ne veut pas être salarié. Et aussi, parce que l’avenir, c’est l’entreprenariat, le développement du secteur privé à travers des PME et PMI bien encadrées. Et cela commence par pouvoir incuber les projets des jeunes qui ont des idées, ont envie de faire des choses mais ne savent pas par où commencer. Enfin, il y a lieu de relever les actions relatives à l’amélioration du cadre de vie, de préservation de l’environnement et de développement de comportements éco-responsables au niveau des étudiants, et à la pacification de l’espace universitaire.

Lors de cette campagne de levée de fonds, nous avons ainsi reçu des contributions assez importantes dont celles du Président Ibrahim Boubakar KEITA du Mali, qui a donné 65 millions de FCFA et a reçu une délégation de la Fondation chez lui à Bamako, de même que le Président Macky SALL qui nous a accordé deux audiences et contribué personnellement à hauteur de 100 millions. La moisson a été bonne mais malheureusement nous n’avons pas pu atteindre notre objectif d’un milliard. Je saisis cette opportunité pour, encore une fois, remercier tous ceux qui ont permis de faire de cet événement une réussite ainsi que tous nos contributeurs, quels que soient la nature ou le montant de leurs dons. Je salue en particulier les nombreux donateurs de l’université et en dehors qui ont cru en la Fondation depuis le début et qui ont toujours contribué de façon régulière à son financement. Il n’y a rien qui soit de trop ou pas assez pour nos ambitions ….

Le travail continu et nous comptons poursuivre l’organisation d’autres Homecoming…

 

Il se trouve également qu’il y a un problème de niveau avec les étudiants. Qu’est-ce que la fondation fait pour participer au relèvement du niveau des étudiants ?

Un problème de niveau ? C’est vrai. Mais n’oublions pas les effectifs pléthoriques qui ne permettent pas un suivi adéquat de tous les étudiants. Il faut des effectifs plus réduits ou, à tout le moins, mieux pris en charge, en particulier dans des locaux pouvant les contenir (campus social et pédagogique) et avec davantage d’enseignants pour les encadrer. Cependant, ce n’est pas une fois à l’université que les étudiants perdent leur niveau. Ils ont d’abord été élèves et viennent à l’UCAD avec le niveau acquis ailleurs.  En réalité, cette question est beaucoup plus complexe et renvoie à tout notre système éducatif sur lequel il faut se pencher depuis le CI jusqu’en terminale. C’est un travail d’envergure dans lequel évidemment la Fondation peut être impliquée mais dont elle ne détient pas les solutions.. .

 

Vous avez relevé quelques défis, des perspectives aussi. Pour impliquer tous les alumni, il faut une bonne stratégie de communication. Est-ce que vous avez mis en place un dispositif tendant à capter tout ce beau monde ?

Oui ! C’est vrai que nous n’avons pas suffisamment communiqué sur ce que nous faisons. Nous sommes en train de corriger et espérons avoir plus de visibilité dans les mois à venir. En interne, nous avons une chargée de communication dans l’équipe de la Fondation et un webmaster. Le site de la Fondation (Fondation.ucad.sn) commence véritablement à s’étoffer. Pour ce qui concerne la « diaspora » des anciens étudiants de l’UCAD, nous sommes en train de constituer des relais de la Fondation, en particulier en France et aux USA non seulement pour communiquer sur les activités de la fondation, ses objectifs, ses réalisations mais aussi pour capter cette manne que constitue tous les anciens diplômés, ceux qui ont fréquenté l’université et qui aujourd’hui travaillent où sont installés à l’étranger. L’organisation d’autres Homecoming (après le premier qui s’est tenu en décembre et qui a permis une certaine visibilité)  sera aussi un moyen de communication très important. Le format et la périodicité restent à être finalisés (tous les deux ans ? Par Faculté ? Par année de sortie ? Etc). L’interview que vous nous accordez sur DakarActu aidera certainement à mieux faire connaître la Fondation UCAD. Et nous allons continuer avec d’autres organes de presse et médias !

 

Au Sénégal, depuis quelques années, quand on dit université, on pense tout de suite violence. Admettez que cela ternit l’image des universités, dévalorise un peu l’étudiant alors qu’auparavant c’était un honneur de l’être. Qu’est-ce que ça vous fait et quel est votre message à cette jeune génération d’étudiants qui sont appelés à prendre le relai de la Fondation ?

Je voudrais d’abord un peu confirmer ce que vous dîtes. C’est bien malheureux ce cycle de violences à l’université, mais le défi justement, c’est de renverser cette tendance et la Fondation s’y attelle. Car, comme je l’ai indiqué tout à l’heure, en ce qui concerne l’UCAD, la pacification de l’espace universitaire fait partie de ses grands projets. Le travail a commencé par des actions de proximité, de sensibilisation, de communication en étroite collaboration avec les étudiants, les amicales, les  responsables des différentes facultés et instituts.

Nous serons aidés en cela par un Comité des Sages qui a d’ailleurs accompagné et conseillé la Fondation pour l’organisation du Homecoming de décembre 2018. Ce « Comité d’initiative des Anciens de l’UCAD » est composé d’une partie des premiers diplômés de l’Université de Dakar (années 50-60) vivant au Sénégal. Ce sont d’éminentes personnalités qui ont travaillé pour leur pays avec compétence, dignité et patriotisme. Elles sont aujourd’hui a la retraite mais ont accepté à notre demande de « reprendre du service » pour servir d’exemples à la jeune génération et partager avec elle leurs expertise et expérience. La contribution de ces Sages dans la pacification du campus sera particulièrement utile, ainsi que l’a d’ailleurs relevé le Président Macky SALL lors de l’audience qu’il nous a accordée sur le Homecoming en octobre 2018, en leur présence. Il s’agit de Mesdames Tamaro TOURE (1ère femme Inspectrice du Travail, fondatrice des villages d’enfants SOS du Sénégal et membre fondateur de l’Association des Juristes Sénégalaises) et Madeleine Deves SENGHOR (Inspecteur du travail et artiste peintre), de Monsieur Makha Dado SARR (ancien fonctionnaire de la Commission Economique pour l’Afrique des Nations Unies), de Messieurs Falilou KANE et Seydina Oumar SY (anciens ambassadeurs et ministres), du Général Mamadou Mansour SECK (anciens Chef d’Etat Major Général des Armées et ambassadeur du Sénégal aux Etats Unis) et de M. Ciré SALL (frère aîné de l’ancien Recteur de l’UCAD, le Professeur Abdou Salam Sall membre du Conseil de la Fondation UCAD).

Outre le Comité des Anciens, nous voulons également mettre en exergue d’autres exemples de réussites d’anciens de l’UCAD mais aussi de vrais patriotes qui ont choisi de rester et travailler dans ce pays. Parce que ce pays, c’est nous qui devons le développer, personne ne le fera à notre place. Pour cela il faut d’abord du civisme, y croire, réfléchir, proposer, contribuer, ne pas faire fonctionner ses muscles mais sa tête… Personnellement, j’ai fait toutes mes études au Sénégal, et j’ai toujours travaillé au Sénégal, alors que j’avais les moyens de partir et d’autres possibilités à l’étranger. Au niveau où je suis, je pense  que j’ai réussi ma carrière professionnelle sans jamais avoir bougé de mon pays. Aujourd’hui, au moindre problème, on casse, on brûle des pneus, comme première réaction. On ne peut pas travailler dans ces conditions ! Il faut que les esprits soient plus constructifs. D’accord pour les grèves quand c’est nécessaire, mais de grâce, plus de casse, privilégions l’esprit de paix et de dialogue !!!

 

Et que pensez-vous du respect des franchises universitaires ?

Voilà une notion souvent utilisée à tort et à travers et elle mérite qu’on y travaille pour mieux la faire comprendre. Vous savez les franchises sont définies et encadrées par une loi. Pour faire simple, on peut dire que cette loi garantit aux enseignants, chercheurs et étudiants dans l’enceinte de l’université l’exercice des libertés indispensables au développement de l’enseignement et de la recherche.

A cet effet, la loi dispose que l’espace universitaire est placé sous le statut d’autonomie de police administrative. Aussi, les forces de l’ordre ne peuvent-elles y pénétrer pour y intervenir qu’à la demande du Recteur ou de son représentant dûment habilité.

Mais franchises universitaires ne signifie pas zone d’insécurité, d’impunité, de non droit où on peut faire tout et n’importe quoi. Par conséquent, les franchises ne peuvent être invoquées lorsqu’il y a lieu de mettre en œuvre les lois relatives à l’ordre public, notamment en cas d’urgence. Au demeurant, il est arrivé que certaines violences au sein de l’UCAD soient telles qu’il n’aurait pas été   acceptable d’invoquer des franchises pour laisser faire au risque de mettre des vies en danger. Au demeurant, la notion ne joue pas dans le campus social car ce n’est pas un espace où on se livre à la recherche et à la diffusion du savoir, comme l’a si bien souligné une fois un de nos anciens doyens de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’UCAD, le Pr Ndiaw Diouf, lors d’une conférence qu’il animait sur la question.

Quel est le message que vous adressez aux anciens, aux étudiants ?

L’UCAD est à la croisée des chemins. Le double défi qu’elle doit relever (université publique ouverte à tous, et qui doit assurer une bonne qualité de l’enseignement) face aux difficultés qu’elle rencontre peut faire douter de sa capacité à réussir sa mission de service public.

Sans prétendre que la Fondation est la panacée, il est important de savoir qu’elle existe et qu’elle peut être un outil efficace de renforcement de l’UCAD. La Fondation est dirigée et animée par une équipe volontaire, engagée, dynamique, qui a acquis de l’expérience et qui est mue par un seul objectif : la réussite de sa mission. Mais pour ce faire nous avons besoin de la confiance des étudiants et des anciens.

Aujourd’hui, dans tous les domaines (recherche et études, sciences, techniques, médecine, etc) des choses extraordinaires se passent à l’université sur lesquelles on ne communique pas assez. Les  ressources humaines sont compétentes, des étudiants sortent diplômés avec un niveau qui n’a rien a envier à celui de leurs camarades des universités occidentales. La preuve, quant les nôtres y vont pour compléter leur cursus, ils s’en sortent très bien ! J’ai aussi participé à plusieurs jurys de recrutement où des étudiants de l’UCAD faisaient partie des meilleurs (n’est-ce pas vous qui me parliez de niveau?).

Vous savez, ce pays nous appartient, c’est nous qui devons le construire, nous ne pouvons laisser quiconque le faire à notre place. Et pour cela, nous devons avoir cet état d’esprit. Cela ne se décrète pas. Il y a un long travail d’éducation en amont qui échappe à la Fondation. Mais écoutons-nous pour nous comprendre, mettons de côté certains égoïsmes parce que souvent on ramène tout à soi-même. Je reconnais que quand le minimum nécessaire est à peine disponible, face aux problèmes et besoins multiples, il est difficile d’avoir de la hauteur. Mais si néanmoins nous travaillons la main dans la main nous pouvons arriver à faire de ce pays un endroit où il fait bon vivre et, en l’occurrence, à faire de notre UCAD, une université qui rayonnera comme par le passé.

  Alors, que les étudiants sachent que la Fondation existe et a été créée pour eux, qu’elle travaille pour eux. Qu’ils se rapprochent de nous pour voir comment nous appuyer dans ce souci constant que nous avons de leur assurer le mieux-être et la réussite. Que les  anciens de l’UCAD aussi viennent appuyer cette entreprise, avec générosité et solidarité.

par Yaya CISSOKHO




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