« les performances des établissements d’excellence ont sans aucun doute un lien avec …. » Cheikh MBOW (COSYDEP)

« les performances des établissements d’excellence ont sans aucun doute un lien avec leur mode d’administration et leurs ressources. » Cheikh MBOW (COSYDEP)

Entretien avec CHEIKH MBOW, Coordonnateur National de la COSYDEP, sur le concours général

Quel sens revêt pour vous le Concours général ?

Je voudrais tout d’abord féliciter les lauréats de cette année avec une mention spéciale à ceux issus des écoles classiques. Comme vous le savez, le concours général est une pratique qui remonte de loin dans l’histoire du système éducatif sénégalais. Cette compétition, qui est organisée entre les meilleurs, doit permettre de constituer une élite d’intellectuels aptes à prendre en charge les défis du développement. Il faut néanmoins noter qu’il subit l’effet du temps ; ce qui explique le débat qui s’est installé ces dernières années tentant de retrouver la fonction première de cette importante compétition. Au total, le Concours général doit rester une activité phare dans la vie du système éducatif pour le pays, les autorités, les élèves, leurs parents et leurs enseignants.

Justement, que pensez-vous du débat sur le mode de classement ?

Comme je l’ai indiqué, les vraies interrogations par rapport au concours général devraient être la nécessité d’un bilan exhaustif sur les lauréats. Lequel bilan permettrait de déterminer leur nombre, d’être fixé sur ce qu’ils sont devenus après et où sont-ils actuellement ? Quels rapports entretiennent-ils avec leur pays ? Quel dispositif de suivi permanent et rigoureux pour garantir le retour sur investissement ? Ces questions sont d’autant plus pertinentes que cette élite nationale a fait l’objet d’investissements substantiels puisés des ressources du contribuable.

Dans tous les cas, l’on sait de façon empirique que beaucoup de lauréats ne reviennent pas au Sénégal après leurs études. Si l’on veut atteindre l’objectif de constituer un leadership humain suffisamment qualifié pour opérer les transformations économiques et sociales désirées, il devient impératif de répondre explicitement à ces questions fondamentales. Il s’y ajoute que les génies sortant des établissements classiques, qui ne sont généralement pas dans les conditions optimales, doivent faire l’objet d’une attention particulière pour apprendre de leur cas mais aussi supporter leur élan et faciliter leur réussite.

Ma conviction est que le débat sur le mode de classement est un faux débat. Il nous faut éviter de nous enliser dans des querelles portant sur une entrée par les élèves ou par les établissements.

Je suis persuadé que quels que soient les arguments développés, la centralité de l’élève reste un principe irrécusable. Toutefois, le classement des établissements à partir des performances réalisées par les élèves serait très, très logique dans un contexte marqué par l’avènement des contrats de performance signés avec les établissements. En outre, le classement par établissement est une véritable source de motivation pour l’équipe pédagogique et toute la communauté autour de l’établissement.

Quel est le sens à donner aux établissements d’excellence ?

Les établissements d’excellence (Mariama BA, Prytanée Militaire, Lycée scientifique d’excellence de Diourbel, etc) doivent être vus comme des modèles. Il nous faut identifier les caractéristiques qui les rendent performants et s’en inspirer pour booster les établissements classiques. Loin de constituer un motif de réconfort, ces établissements doivent nous inciter à réfléchir sur les résultats médiocres enregistrés au baccalauréat, qui oscillent entre 30 à 40%. L’essentiel n’est donc pas dans la comparaison entre les établissements d’excellence et les établissements classiques mais dans la maîtrise des facteurs qui expliquent l’excellence. Le Sénégal doit se résoudre à faire de la réussite pour tous une réalité.

En vérité, les performances des établissements d’excellence ont sans aucun doute un lien avec leur mode d’administration et leurs ressources. Les facteurs de performance ont trait au style de management du chef d’établissement, à l’organisation et la méthode de l’équipe pédagogique, à l’implication de la communauté ou à d’autres effets (professeurs, manuels, pédagogie, cantine, sécurité, stabilité, …).

Pour rappel, les écoles d’excellence accueillent les meilleurs élèves du Sénégal, tout comme les meilleurs professeurs du pays y sont orientés. L’entrée est filtrée ; elle est sélective. Les élèves sont dans un régime d’internat avec une alimentation régulière et un système d’encadrement rapproché, loin des effectifs pléthoriques notés dans les autres écoles du pays.

Les écoles d’excellence doivent être considérées comme des modèles à généraliser le plus vite possible. Par ailleurs, il nous faut éviter d’approfondir la fracture sociale en veillant à une distribution équitable des ressources avec une attention particulière pour les écoles publiques classiques.

Sud Quotidien

 

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