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Culture/GCD: « Nos contes nous ont aidés à nous forger un imaginaire, à nous structurer. » (Fodé SYLLA)

 Le GrandCarnavaldeDakar (GCD)continue les interviews exclusives de ses ambassadeurs. Aujourd’hui nous vous présentons Monsieur Fodé Sylla
GCD : Monsieur Fodé Sylla, pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?Fodé Sylla, Ambassadeur Itinérant pour le Sénégal, ancien Président de SOS Racisme et Député Européen. J’ai été membre du Conseil Économique et Social et aujourd’hui je travaille pour mon pays, le Sénégal. 
GCD : En 2014 vous avez été nommé Ambassadeur Itinérant du Sénégal par le Président Macky Sall, quelles sont les prérogatives de cette fonction ?Le président Macky Sall a voulu donner un signal envers la diaspora. D’autres pays l’ont fait comme le Maroc et l’Inde, se transformant d’un pays en voie de développement à celui d’une puissance qui compte en s’appuyant sur sa diaspora. Souvent certains dirigeants Africains n’aiment pas trop emprunter cette démarche pour diverses raisons. Pourtant le Président Macky Sall m’a choisi. Bien sûr j’ai une double identité, Française et Africaine. J’ai aussi évolué sur les deux continents. Mais au-delà il allat chercher une personne militante, engagée sur le plan des droits de l’homme, la lutte contre les discriminations, contre le racisme et contre le sexisme. Il me semble qu’il a ainsi posé un signal fort. Depuis je me suis beaucoup investi pour honorer sa confiance, en représentant le Sénégal au Sommet sur l’Immigration à Marrakech, en étant Délégué pour le Sénégal à la Coop 22, en initiant le Festival International du Baobab de Tambacounda, dans le but de valoriser la culture locale, en travaillant sur le patrimoine matériel et immatériel du continent africain, en valorisant le capital humain en aidant les jeunes femmes pour qu’elles puissent gagner en autonomie.Il y a cette dimension culturelle et sociétale, toujours présente dans mes combats. Comme Léopold Senghor, je pense que la culture est au début et à la fin de tout. J’ai donc noué de nombreux partenariats avec des festivals culturels en France et au Maroc, je me suis très souvent impliqué pour faire venir mes amis, mes relations pour les différentes biennales à Dakar. Actuellement je créé des partenariats entre les musées Picasso Européens, notamment celui de Barcelone, et le Musée des Civilisations Noires en vue de célébrer le 50e anniversaire de l’exposition Picasso organisée par le Président Senghor en 1972 au Sénégal. 
GCD : Vous avez accepté d’être l’un des ambassadeurs du Grand Carnaval de Dakar, comment définiriez-vous votre mission ? Je voudrai d’abord féliciter celle qui a initié ce carnaval, Fatou Kasse-Sarr et préciser que nous avions besoin au Sénégal de ce Grand Carnaval. Il sera un marqueur important et les personnalités qui ont décidé d’accompagner, de soutenir cette 2e édition, espèrent qu’elle connaitra un retentissement au niveau du Sénégal, de l’Afrique, à l’international et démontrera, que les Sénégalais sont capables d’organiser de grands rendez-vous culturels. L’équipe du GrandCarnavaldeDakar y travaille sans relâche. Mais au-delà du côté festif et populaire, j’y vois beaucoup de retombées, la valorisation de notre culture, la découverte du potentiel des 14 régions qui y seront représentées, la mise en avant de notre artisanat, la question de l’art à travers le numérique, à travers les nouvelles technologies, la rencontre entre tradition et modernité. Ma mission se conjugue donc en implication pour faciliter la tâche de sa responsable, l’accompagner, la soutenir pleinement et avancer à ses côtés autour de ses propositions novatrices et fédératrices.
Je crois que le Grand Carnaval de Dakar va être un des marqueurs évènementiels du Sénégal. Dans un avenir proche, les gens diront « en novembre je vais à Dakar pour le Carnaval » comme d’autres réservent pour Rio ou pour des grands évènements internationaux. 
GCD : De par votre parcours vous maitrisez les cultures Sénégalaises et Occidentales, pensez-vous que le tourisme culturel peut être un vecteur important pour le développement du Sénégal ?Oui, c’est un secteur qui se doit d’être incontournable dans les années à venir, en créant toute une industrie culturelle liée au tourisme, qu’il soit local ou international. Je constate à quel point les Sénégalais connaissent peu leurs propres régions. J’ai plus d’amis occidentaux qui sont allés visiter le Parc National de Niokolo Koba où admirer les Chutes de Dindéfello à Kédougou que les Sénégalais eux même. 
Nous avons donc un premier effort à faire pour pousser nos compatriotes à visiter leur pays et y découvrir toutes ses richesses. Quant au tourisme international il évolue aussi, il y a une demande de plus en plus prégnante pour un tourisme respectueux de l’environnement, un tourisme de découverte, un tourisme au plus près des populations locales, de leur culture et leurs coutumes. Et tout cela, nous pouvons l’offrir.
Autour de ce tourisme, de multiples secteurs peuvent se développer et le corollaire des créations d’emplois est une professionnalisation donc de la formation. Parmi les actions sur lesquels je m’implique se trouve la mise en place d’un Erasmus « Afrique Europe » qui porte sur l’apprentissage, permettant aux jeunes de se former, d’apprendre un métier, avec des échanges avec d’autres européens, incluant une réciprocité synonyme aussi d’enrichissement personnel. Une de nos premières actions : élaborer avec l’Académie de Rouen un partenariat avec l’Ecole Nationale d’Hôtellerie et du Tourisme du Sénégal, deux segments porteurs d’emplois dans un futur proche. 
GCD : La thématique choisie pour la 2ème édition du Grand Carnaval de Dakar « Contes et Légendes du Sénégal et d’ailleurs » ramène certains d’entre nous à nos jeunes années. Vous souvenez-vous d’un conte en particulier de votre enfance ? 
Je me souviens de beaucoup de contes. Nos contes nous ont aidés à nous forger un imaginaire, à nous structurer. Le conte est très intégré dans la culture africaine. Il y en a un que j’aime beaucoup, très représentatif de notre village du Sénégal Oriental. Ma grand-mère qui m’a élevé jusqu’à mes 5/6 ans à Tambacounda, habitait à cette époque à la lisière de la forêt où il rodait encore beaucoup de hyènes. C’est sûrement la raison pour laquelle je me souviens très bien de l’histoire qu’elle m’avait conté un soir. L’histoire d’une hyène (Bouki) qui rencontre une chèvre, et qui lui dit : « Ecoute, donne-moi trois bonnes raisons très rapidement de ne pas te manger… ». La chèvre lui répond : « Si je me rends dans mon village de chèvre et que je dis, j’ai rencontré une hyène qui ne m’a pas mangé, les gens vont dire, ce n’est pas possible ». « Oui oui c’est vrai, donne-moi une seconde raison … » « Toi la hyène, si tu vas dans ton village et que tu dis que tu as rencontré une chèvre et que tu ne l’as pas mangée, personne ne va te croire ». « Oui oui donne-moi une troisième raison… » « Et toi en vérité tu n’as pas faim, si tu avais faim je n’aurais pas fini cette discussion. » J’aime beaucoup les signifiants de cette histoire.
Le conte est très fédérateur de toute la culture francophone, par exemple « La belle histoire de Leuk le Lièvre » par Président Léopold Sédar Senghor et Abdoulaye Sadji ou encore les Fables de Jean de La Fontaine sont toutes portées par des animaux. Lorsque je suis arrivé à l’école primaire en France, j’ai découvert cette similitude. J’y retrouvais dans notre imaginaire collectif, la victoire du bien sur le mal, de la morale sur l’indifférence, et le fait que le plus fort n’est jamais assez fort s’il ne prend pas soin du faible. Toutes ces références qui vont ensuite bâtir cette appétence du vivre ensemble, en défendant les plus fragiles allié à un besoin de plus d’écoute. 
L’équipe du GrandCarnavaldeDakar vous remercie pour cet entretien

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