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Matières premières et Industrialisation : voici comment le PSE a sacrifié les générations futures

Depuis la découverte du pétrole et du gaz, l’espoir du décollage économique est sur la langue de tous les Sénégalais et surtout des acteurs politiques. D’ici deux ans, l’exploitation de l’or noir commencera, avec des retombées économiques considérables. Bons nombres de pays africains ont découvert le pétrole et l’exploitent depuis des décennies et pourtant ces pays sont toujours considérés comme des pays pauvres avec des dirigeants riches. Notre pays, le Sénégal, a été aussi piégé par ces mêmes institutions pour sacrifier les générations futures. Le régime en place s’est massivement endetté pour un bilan, mais un prétendu bilan valait-il la peine de sacrifier les générations futures ? Pour mieux comprendre cette situation, il faut retourner en arrière pour comprendre comment la dette mal allouée est le pire ennemi des matières premières et de l’industrialisation en Afrique. La dette est utilisée comme appât face aux dirigeants africains égoïstes pour leur soutirer leurs matières premières et sombrer la population davantage dans la pauvreté. 

Comprendre la crise de la dette
À la fin du 20e siècle, alors que « nous espérions tous que Dakar serait comme Paris », le Sénégal ainsi que les autres pays africains, étaient encore préoccupés par l’analphabétisation, la pauvreté et l’endettement entre autres. Il était temps pour nos pays d’élever le PIB par habitant, c’est ainsi que nous nous sommes lancés dans des investissements à grande échelle pour booster notre croissance économique. Pour le faire, il fallait faire appel aux institutions financières et banques internationales, car il faut noter qu’après la restructuration de 1989, et la liquidation de plusieurs banques, le Sénégal comptait environ une dizaine de banques au début du 21e siècle.  
Durant cette époque le taux de bancarisation était de moins de 3 % de la population sénégalaise. Vu le faible taux d’épargne, le seul choix était de faire recours aux emprunts extérieurs. Les institutions et les banques internationales nous encourageaient d’emprunter. Cela leur permettrait d’éviter de payer des intérêts sur l’excès d’argent des pays pétroliers et de nous le prêter en nous imposant des taux d’intérêt exorbitants. Nous avions mordu à l’appât, malheureusement, nous ne disposions pas d’assez de devises pour faire face au service de la dette. Cela a causé la crise d’endettement.  
Ces banques et institutions qui nous encourageaient à emprunter massivement sans condition, se sont retournées vers nous pour nous dire que nous devenions très endettés et insolvables. Nous ne pouvions presque plus emprunter auprès d’elles. Cet endettement a piégé le développement économique de nos pays sous forme de cercle vicieux, un service de la dette élevé qui neutralise une croissance économique inclusive et sans croissance économique, nous ne créerons pas assez de richesse pour faire face au service de la dette. Ces institutions et des leaders africains égoïstes sans vision pour leurs pays, nous ont mis dans cette situation. Les institutions se sentant coupables, ont décidé d’alléger la dette de certains des pays en développement. Ces institutions qui avaient vu le problème venir depuis la crise des années 80, ont décidé de l’ignorer pour que nous puissions payer des intérêts exorbitants dépassant largement les montants empruntés, pour enfin prendre des mesures ineffectives dans certains pays pauvres.  
Ce ne sera qu’en 1995, à Naples, que les institutions ont parlé pour la première fois de réduction substantielle de la dette pour les pays pauvres très endettés. C’est ainsi que plusieurs critères ont été mis en place pour bénéficier de cette initiative, en quelque sorte, montrer que la dette était un fardeau et montrer la volonté de mettre en place des réformes économiques.  

Ces réformes économiques empoisonnées
Près de 85 % des pays les plus endettés étaient en Afrique subsaharienne. Les pays riches nous ont mis dans cette situation en augmentant les taux d’intérêt et en faisant chuter les cours des matières premières pour déstabiliser nos économies. Pire, la dette a été octroyée à des régimes dictatoriaux en connaissance de cause. Ces dictateurs, qui détenaient des sommes supérieures au PIB de leurs pays, n’ont rien fait que de rapatrier ces sommes dans les banques des pays créanciers. À cause des taux d’intérêt exorbitants, la valeur réelle de la dette a été payée plus de quatre fois. Par exemple si on devait 100 millions de dollars, nous avions déjà payé 400 millions de dollars et on devait toujours 250 millions de dollars. Est-ce qu’une telle dette est légitime ?  
C’est la raison pour laquelle Thomas Sankara disait en 1987 « Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous n’avons pas de quoi payer. Nous ne pouvons pas rembourser la dette parce que nous ne sommes pas responsables de la dette. Nous ne pouvons pas payer la dette parce qu’au contraire les autres nous doivent ce que les plus grandes richesses ne pourront jamais payer, c’est-à-dire la dette de sang. C’est notre sang qui a été versé. On parle du Plan Marshall qui a refait l’Europe économique. Mais l’on ne parle pas du Plan africain qui a permis à l’Europe de faire face aux hordes hitlériennes lorsque leurs économies étaient menacées, leurs stabilités étaient menacées. Qui a sauvé l’Europe ? C’est l’Afrique. On en parle très peu. »  
Il s’agit d’une forme de recolonisation économique, on nous a poussé à ne plus être en mesure de payer la dette, pour nous imposer des réformes économiques telles que la privatisation dans les secteurs clé de l’économie. C’est ainsi que presque toutes nos entreprises clé ont été privatisées : il faut noter la privatisation des opérateurs sénégalais et ivoiriens, Sonatel et Citelcom, par France Câbles et Radio, filiale de France Télécom en 1997. La Saur du groupe Bouygues, a acquis la Compagnie Ivoirienne d’Électricité en 1991 et la SDE en 1996 ; même la société Eau et Électricité du Mali ne sera pas épargnée, elle sera privatisée par Saur et International. En 2001, Air France était actionnaire majoritaire de la compagnie Air Ivoire avec 51 % des parts. 
Des décennies plus tard, le Sénégal, est encore en train de tomber dans le même piège, en s’endettant massivement et de manière rapide, pour des investissements sans retour. Le service de la dette atteindra bientôt 1000 milliards de FCFA et la forte croissance relève d’une économie extravertie dans un pays où le dualisme économique est une réalité. Si malgré une croissance forte, on n’assiste toujours pas à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté, cela signifie que cette croissance n’est pas créée par le privé national, mais par les multinationales installées durant ces réformes économiques et les bénéfices sont rapatriés dans les métropoles. Avec l’enjeu du pétrole, le Sénégal bénéficierait-il des retombées de l’or noir ou tomberait-il dans le piège de l’endettement massif ? Cet endettement qui aboutira à des réformes économiques visant à prendre nos matières premières et une éventuelle industrialisation contre une partie du service de la dette. 

Mohamed Dia




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