Senegal/covid-19: JEUNESSE IRRESPONSABLE… ? (par Dr Boubacar SIGNATE)

Depuis hier, on a l’impression que c’est la jeunesse qui doit endosser seule la responsabilité de la flambée des cas de COVID-19 dans le pays. Tout le monde leur tombe dessus et on fait fi de toute la gestion antérieure de cette pandémie. Il y’a dix jours, tout le monde savait ce qui allait se passer après les mouvements d’avant, pendant et d’après Tabaski, tout le monde savait ce qu’il fallait faire pour l’empêcher, on a laissé faire.
– La responsabilité est à diviser en  parts égales entre :
1- les jeunes, qui ne font pas de formes graves mais transportent et ramènent le virus chez leurs proches, âgés, vulnérables et fragiles, qui, eux vont en décéder. Même s’ils sont les principaux acteurs de l’impératif économique.
2- les autorités étatiques, qui n’ont su ni évaluer correctement le danger, ni prendre les mesures courageuses et les faire appliquer à tous. – Elles n’ont jamais écouté ceux qui alertaient sur le mauvais chemin choisi au départ, elles  communiquent très mal, donnent le mauvais exemple en participant aux rassemblements et en ne respectant pas les mesures, par elles-mêmes prises. – Enfin, elles ont politisé cette gestion au point de perdre en crédibilité auprès d’une partie de la population. L’accent a été mis sur une hypothétique relance économique, une résilience sociale aux allures de campagne électorale, en ne dépensant que moins de 10% du budget pour le secteur de la santé et l’équipement des structures de soins. 
3- Les autorités religieuses, dont certaines ont défié ouvertement et impunément l’autorité de l’État, ont refusé et refusent toujours une quelconque autorité.- Qui est allé récupérer son imam au commissarite de police, qui voulait survoler le pays en l’aspergeant de son remède miracle ? Qui n’a pas organisé son rassemblement, ses cérémonies religieuses, ses funérailles et levées de corps ? 
– Nous sommes tous responsables de cette situation, y compris les personnes âgées elles-mêmes.
– Trouver en la jeunesse le bouc émissaire, à la place de l’État, est facile, c’est elle qui a démarré la lutte, en sillonnant les rues des villes, en sensibilisant, en produisant des spots musicaux et en animant des débats dans les réseaux sociaux, la rendre responsable, coupable et dangereux et inopérant.
– Je n’ai pas oublié les collègues soignants, qui, entre les adeptes de l’immunité collective et ceux qui pensent qu’on a été alarmistes, en passant par ceux qui signent des constats de décès à domicile sans aviser les autorités sanitaires et sans préconiser de prélèvements post mortem, lorsqu’il y’a une vraie suspicion de décès par COVID-19, sont tout aussi responsables de la situation qui se dégrade.
– Les choses étant dites, reprenons tous nos esprits, redéfinissons nos priorités et remettons nous au travail.
1- le ministère de la santé doit reprendre la main, installer un vrai comité scientifique, inclusif, capable d’orienter la riposte en utilisant les bons indicateurs, en donnant les bons éléments de prise de décision et rendre la communication sanitaire performante.
2- L’État doit faire passer l’impératif sanitaire devant les impératifs économique et sécuritaire, prendre les décisions recommandées par les autorités sanitaires, les rendre obligatoires et les faire appliquer courageusement partout et par tout le monde, sans état d’âme.
3- les populations doivent suivre les recommandations des autorités sanitaires, respecter les mesures prises par l’État et accepter de participer à leur propre protection et à la protection de leur entourage, surtout les plus vulnérables.

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