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Premières leçons d’un scrutin par Serigne Saliou Guèye

Premières leçons d’un scrutin par Serigne Saliou Guèye

Les résultats définitifs de l’élection présidentielle ne seront connus que dans la soirée du vendredi 1er mars au plus tard. Mais d’ores et déjà, le dépouillement des suffrages provisoires permet de tirer certains enseignements de ce scrutin encore indécis.

Les Sénégalais ont fait parler les urnes ce dimanche 24 février. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que leurs votes résonnent différemment. S’il est évidemment hâtif pour tirer des conclusions définitives de ce scrutin, le dépouillement quasi-intégral des suffrages des électeurs au niveau des commissions départementales de recensement des votes offre une première lecture singulière du nouveau paysage politique. Il faut remarquer qu’entre les dernières législatives et la présidentielle, le corps électoral a connu un plus de 400 mille personnes tandis que, parallèlement, le taux de participation augmentait. De 53 %, on est passé à presque 62 %. Une progression qui s’est traduite dans les scores respectifs de Macky Sall, d’Idrissa Seck et d’Ousmane Sonko.

Macky perce dans la capitale mais peine à conquérir Touba et Thiès

 Ce que l’on constate de prime abord, c’est la percée de Macky Sall au niveau de la capitale. Partout il est en tête par rapport aux autres candidats même si, dans l’absolu, il demeure minoritaire. Cela se traduit par l’effondrement du grenier électoral de Khalifa Sall surtout dans sa base de Grand-Yoff où il est devancé par Macky Sall. Aujourd’hui avec l’embastillement de l’ex-maire de Dakar qui a fait presque 700 jours de prison, l’effet négatif commence à se faire sentir. L’électorat de Khalifa s’est effrité en son absence. Et c’est ce qui explique le renversement de la situation et la percée de Macky qui a grappillé partout des points dans Dakar. Au nord et au centre du pays, le président sortant a conservé son électorat qui fidèlement et affectivement a voté massivement pour lui. Autre endroit où Macky Sall peine toujours à remporter la mise électorale, c’est Touba dont les talibés mourides ont voté massivement pour Idy en l’absence d’Abdoulaye Wade. Malgré tous les investissements de Macky Sall à Touba et tous les achats de conscience effectués par son équipe de campagne, les populations locales restent indifférentes au candidat de Bennoo. Chose gravissime, même le département de Mbacké qui était imprenable est tombé dans l’escarcelle de l’opposition.

Ousmane Sonko : la grande révélation

Il faut souligner l’ascension spectaculaire du Pastef particulièrement d’Ousmane Sonko, présent pour la deuxième fois seulement à une échéance électorale. Dans la zone sud, le néo-opposant Ousmane Sonko a écrabouillé Macky Sall. Cela est une marque de rupture avec le système politique classique systémique que Sonko combat. Cette percée du leader des Patriotes souligne, sans doute, une volonté de renouvellement politique surtout chez les primo-votants qui veulent un nouvel ordre politique incarné par le plus jeune des candidats. Malgré tous les leaders apéristes et transhumants que compte le sud du pays, Bennoo n’a pas pu résister à la vague « patriote. » Aujourd’hui le sud du Sénégal a un nouveau roi et il s’appelle Ousmane Sonko. Toutefois, il est faux de dire que le Patriote en chef a bénéficié d’un vote ethnique puisque la Casamance est une zone composite multi-ethnique. Vote affectivo-régionaliste oui car les parents de Sonko sont originaires de ladite zone même s’il est né à Thiès. Et Macky a bénéficié de cette même affection au nord et au centre du pays. Idrissa Seck chez lui à Thiès, Issa Sall à Tataguine. Mais il faut souligner que le leader de Pastef, qui en était à moins de 38 000 électeurs lors des législatives, se retrouve aujourd’hui avec plus de 500 000 électeurs. Une marge de progression démentielle jamais vue pour quelqu’un qui est entré en politique, il y a cinq ans. Merci la campagne de diabolisation du pouvoir ! Et l’autre particularité de Sonko, c’est qu’il se classe dans plusieurs localités, surtout au nord, derrière Macky Sall. Dans la diaspora européenne, américaine, nord-africaine et asiatique, il dame le pion aux autres candidats. Il faut remarquer qu’il lui reste des efforts à accomplir dans la diaspora africaine où Macky règne en maitre grâce sans doute au « Neddo ko bandoum ». Il lui faut aussi effectuer un travail herculéen à Touba pour se tailler une place dans l’électorat mouride même s’il vient en 3e position devant Issa Sall et Madické Niang.

Idrissa Seck fort chez lui et à Touba mais faible dans le reste du pays

 Idrissa Seck a remporté sa commune de Thiès et le département éponyme. Une vraie dérouillée pour les leaders locaux qui étaient missionnés pour renverser le leader de Rewmi. Mais c’est son score de Touba qui est phénoménal. Il faut souligner que l’absence du candidat du Pds a beaucoup favorisé Idy. A Dakar, le soutien de Khalifa Sall, de Malick Gakou et autres leaders de moindre envergure n’a pas beaucoup impacté sur le score du leader de Rewmi, qui, partout, est devancé par Macky Sall. Au nord, au centre, au sud, à l’est et au niveau de la diaspora, Idy est très faible.

 Issa Sall victime de son différend avec Moustapha Sy

Quant à Issa Sall, il enregistre sa première déconvenue électorale. De 155 407 voix aux législatives, le score puriste s’effondre jusqu’à 142 000 voix. La non-implication de Serigne Moustapha Sy a un effet désastreux. Certains talibés moustarchidines ont considéré ce mutisme de leur Guide comme une non-consigne de vote. Et cette situation découle du différend au niveau de l’instance faitière où le bicéphalisme entre le président du Pur, Moustapha Sy, et le secrétaire général, Pr Issa Sall, s’est traduit par un score catastrophique pour un parti qui avait remporté trois sièges lors des dernières législatives. Certainement qu’après la publication officielle des résultats, il risque d’y avoir des chamboulements dans la direction du Pur.

Madické ou les illusions perdues d’un candidat-ersatz

Quant à Madické Niang, il demeure la risée de cette élection présidentielle tant au niveau de ses prestations communicationnelles qu’à celui de son projet de société. En voulant être l’ersatz du candidat du Pds, il s’est tiré une balle dans le pied. Croyant bénéficier de l’électorat de Karim Wade, il s’est finalement rendu compte que l’on ne peut s’auto-substituer à un candidat. Et son conflit avec Wade l’a beaucoup desservi même si certains caciques libéraux l’ont suivi dans son aventure. Qu’en sera-t-il de son avenir politique dans le parti et au niveau de l’Assemblée nationale ? Les prochains jours post-électoraux nous édifieront. Toutefois, il ne faut pas exclure une démission du Pds ou de l’Assemblée nationale si l’on sait que Wade, son meilleur ennemi, lui réclame le poste qu’il occupe dans l’hémicycle au nom de son parti.




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