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LE DÉPARTEMENT DE MBOUR, ACTUEL BASTION DU « TONG-TONG » FONCIER !!! (ParPhilippe M. D. A. Biram)

Ndéguéler du vieux Abdoulaye Dione, Dione Maïssa Waly, a fini par être la goutte de plus ayant fait déborder le vase. Figurez-vous, le vase était déjà plein. Ndéguéler est certes au devant de la scène, mais Kignabour, Ballabougou, Nguéniène Peul entre autres vivent aussi pareille situation, voir pire. L’affaire de Ndéguéler est l’arbre qui cache la forêt.  En bref, le département de Mbour est l’actuel bastion du « tong-tong » foncier.

556ha sont soutirés de la forêt classée de Bandia, seul véritable poumon vert de la Commune de Sindia et du département. 300ha dans la commune de Nguéniène (entre les villages de Ballabougou, Nguéniène Peul, Ndiémane) sont attribués à la multinationale espagnole PRODUMEL, dont les 100 derniers constituent la seule zone de pâturages restante du terroir. Voulant satisfaire les caprices d’un étranger, on l’attribue la zone de survie de milliers de têtes de bovins, caprins, ovins, demandant par la même occasion aux pauvres paysans et éleveurs de vivre dans la misère.  À Aga Biram dans cette même commune de Nguéniène, 50ha sont délibérés au profit d’un bailleur, qui depuis plus de 2ans n’a pas valorisé les terres. À Sandiara, des maraichers sont spoliés de leurs terres par leur maire et demandent l’arbitrage de l’État.

Ce ne sont que quelques cas parmi tant d’autres. Beaucoup d’hommes politiques, d’affaires, de justice, se font octroyer des dizaines, voir des centaines d’ha dans beaucoup de Communes du département, particulièrement dans celle de Nguéniène avec la complicité du Conseil Municipal et de certains de ses élus.

Quel est donc le dessein de nos autorités locales ? Serait-ce pour appauvrir nos pauvres parents paysans tout en s’enrichissant sur leur dos ? Aucune politique agricole d’accompagnement des paysans, digne de son nom n’est notée dans la zone.

Au moment où le problème des 100derniers ha affectés a PRODUMEL est pendant devant la justice, la Commune de Nguéniène se laisse entrainé dans la danse par celle  voisine de Sandiara, qui y a aussi entrainé celle de Malicounda. 1160ha de la forêt classée de Ballabougou sont déclassés par décret présidentiel.

Pour ce qui concerne ce déclassement de la forêt de Ballabougou, j’aimerais savoir sur quelle base les autorités de ce pays se sont appuyées afin de valider le processus de déclassement. Selon les dispositions de l’article 31 alinéa 2, du décret 2019-110 portant application de la loi n°2018-25- du 12 Novembre 2018 portant code forestier, « Lorsque dans un département, le domaine forestier de l’État représente moins de vingt pour cent (20%) de la superficie, les demandes de déclassement ne peuvent être étudiées que dans la mesure où elles sont assorties de propositions de classement portant sur des surfaces équivalentes ». Hors, dans le département de Mbour, la superficie des forêts classées est de 10%. On ose donc de façon très flagrante déclasser des espaces forestiers dans un pays de la bande Saharo-sahélienne menacée par la désertification.

Le 21 Octobre 2019, les éleveurs du département de Mbour avait fait une sortie durant laquelle ils fustigeaient ce projet. En réplique à cette sortie, le bureau de presse de la Mairie de Sandiara avait fondu un communiqué signé le 22 Octobre 2019 selon lequel, « tous les Maires des trois Communes ont été informés et associés dans ce projet. Mieux, des réunions ont été même organisées avec les différentes autorités. »

Salée fut la réplique de la Mairie de Malicounda à travers un communiqué signé le 23 Octobre 2019 par Mor Fassa Ndiaye, Directeur de Cabinet du Maire de Malicounda. Ce dernier, représentant de la Commune de Malicounda à la réunion de la Commission Régionale, avait balayé d’un revers de main toutes les allégations avancées par le communiqué du bureau de presse de la Mairie de Sandiara. Dans sa missive, le Sieur Ndiaye interpellait l’édile de Sandiara en ces termes : « Monsieur Sérigne Gueye Diop n’a qu’à accorder respects et considérations à ses autres collègues Maires en leur parlant de manière responsable au lieu de les inviter par voie de presse à adhérer à ce projet dont l’objectif principal reste jusque là méconnu ». Selon le Directeur de Cabinet Ndiaye, c’est durant la Commission Régionale d’Évaluation des Sols du 11 octobre 2019 à la gouvernance de Thiès, suite à une convocation du Gouverneur qu’ils ont été informés dudit projet. Les Communes de Malicounda et de Nguéniène n’avaient donc pas accepté d’être mis devant le fait accompli pour un projet dont 80% de l’emprise sont installés sur leurs terres.

Toujours selon les propos du Sieur Ndiaye, la Commission d’Évaluation des Sols, après avoir statué sur la recevabilité du dossier de déclassement, a émis un avis défavorable pour deux motifs :

  • Le premier, ce sont les dispositions de l’article 31 alinéa 2 du décret pourtant application du code forestier précédemment cité ;
  • Deuxième motif : les Communes de Malicounda et Nguéniène n’ont pas été associées. En plus, la commission a estimé que la Commune de Sandiara a déjà une zone industrielle sujette à une forte pollution, donc elle doit penser à la création d’un poumon vert pour réduire les impacts environnementaux au lieu de demander le déclassement d’espaces verts à des fin agricoles.

Comment se fait-il qu’après cet avis défavorable, le dossier puisse se retrouver à la table du Président de la République qui, par décret N°2020-468 du 13 février 2020, sur rapport du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable ait déclassée une partie de la forêt ? En réalité c’est toute la forêt qui est déclassée. Celle-ci fut classée par la décision n°222 du 21/01/1939, donc durant la période coloniale. Le principal initiateur, le Ministre Conseiller, Maire de Sandiara, Docteur Sérigne Gueye Diop a-t-il-usé de sa proximité d’avec le chef de l’État afin de peser sur la balance ? Qu’est ce qui justifie ce mutisme des Conseils Municipaux de Malicounda et de Sandiara depuis la publication du décret de déclassement ? Près de 90% des terres se situent pourtant dans leurs territoires communaux. La réponse de la Mairie de Malicounda n’avait pourtant pas tardé lors l’éclatement de l’affaire avec la sortie des éleveurs suivie du communiqué du bureau de presse de sa sœur « Sandiara ». « Mystère et boule de gomme !!! »

La population du département, seul grand perdant dans ces différents cirques fonciers doit se lever et comme un seul homme combattre cette forfaiture. Bientôt, nos pauvres parents paysans seront réduits en de simples ouvriers agricoles sans statut. S’ils ne le sont pas déjà. Dans le projet de Charte sur l’intercommunalité (Sandiara-Malicounda-Nguéniène), il est fait mention qu’une partie des terres sera destinée à l’agrobusiness. Cette dernière est du commun des multinationales qui ne tiennent compte guère des petits producteurs. Les paysans délestés de leurs terres se font employés comme journaliers au statut très précaire. Ils se retrouvent avec de faibles salaires, sans aucune garanti, ni prise en charge médico-sociale. Ils n’ont que leur force de travail à faire valoir. Même les prolétaires d’Europe des XVIIIe et XIXe siècles avaient meilleure situation. Voir nos parents dans ces plantations, fait penser à nos grands parents dans les plantations des Amériques du XVIe au XIXe siècle.

Jeunesse du département de Mbour, réveilles-toi et agis avant que ça ne soit tard. Accepteras-tu d’être responsable devant les Hommes et devant l’Histoire ?

« Les arbres nés au milieu des orages et menacés d’être brisés par les vents, ont besoin de s’appuyer les uns et les autres, et de se soutenir en s’unissant. » Antoine Léonard Thomas ; Essai sur le caractère des femmes (1772).

Philippe Malick Dione Aga Biram

Professeur d’Enseignement Secondaire d’Histoire et de Géographie Au CEM Les Pionniers du Syndicalisme Africain (PSA) de Rufisque Commune.




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