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Examen du CFEE : haro sur les erreurs d’énoncés ! (Lamine A. FALL)

Le ministère de l’Éducation nationale, à travers la Direction des examens et concours (DEXCO), reconnait l’existence d’erreurs dans les épreuves de mathématiques de la dernière session du Certificat de fin d’études élémentaires (CFEE) jumelé à l’Entrée en 6ème. Il s’agit de l’exercice 2 de l’épreuve Mathématiques/ Contrôle de la compétence. A la place d’une consigne, une question pouvant porter à confusion, mais pas d’erreurs majeures dans les données chiffrées.
C’est en pleine composition que certains Inspecteurs de l’éducation et de la formation et les chefs de centre ont reçu, comme unique rectificatif officiel des Inspections d’académie (IA) le message suivant : « selon la DEXCO, il s’agit de calculer la perte».
Le deuxième manquement, décrié à cette occasion, est assimilable à ce que nous pouvons considérer comme une insuffisance matérielle, au niveau de l’épreuve de Mathématiques/ Contrôle des ressources, à l’exercice 2. Là, on a demandé aux candidats d’écrire la fraction correspondant à des cases coloriées, alors que les couleurs ne sont pas visibles après le tirage. Les enfants ne peuvent répondre à la question posée, car en aucune manière, ils n’ont vu ni cases coloriées ni hachées. L’incapacité des potaches à identifier les couleurs était manifeste. Dès lors, comment se fera la distribution des quatre points affectés à cet exercice ?
Des sites d’information se sont empressés de relayer les propos d’un responsable syndical du moyen-secondaire faisant état « d’erreurs et coquilles » manifestes dans les énoncés de cette épreuve. Nous avons, nous-mêmes prêté oreille à certains enseignants qui ont, eux aussi, reconnu l’existence d’erreurs, en les qualifiant de « bourdes des autorités du ministère de l’Education ».
Concernant la première « erreur », lorsque l’on conçoit un exercice, l’énoncé peut être suivi par une question correctement ou incorrectement formulée. Les options de questions incorrectes sont désignées par le terme de distracteur. Alors, qu’est-ce qu’un distracteur?
Pour ceux qui sont familiers à l’évaluation, le terme « distracteur » pourrait relever du langage courant, surtout dans le champ des questions à choix multiples (QCM). Généralement, le distracteur est défini comme étant un énoncé ayant une double propriété : la fausseté et la vraisemblance. Une question fausse peut être introduite dans le but de provoquer une erreur de jugement si les connaissances du candidat s’avèrent limitées, ou s’il ne s’était pas préparé en conséquence. Et à notre petit avis, la préoccupation de l’enseignant qui a proposé l’exercice était liée à ce dernier aspect. En plus, pour l’enseignant, l’usage des distracteurs a pour avantage de tester le niveau de maîtrise d’une discipline, mais aussi de tester différents niveaux d’apprentissage. Ainsi, même si le Ministère de l’éducation a vite fait d’apporter un correctif à ce sujet, nous ne pouvons considérer l’insertion d’un distracteur dans un énoncé comme une erreur. Il n’y avait donc pas lieu de rectifier.
Par contre, concernant les autres coquilles, l’examen du CFEE de cette année restera dans les annales. Et ce, non pas seulement à cause de la prise en compte du protocole sanitaire, mais aussi à cause de cette succession de couacs dans les énoncés en mathématiques. Nous sommes désarçonnés de voir autant de ratés pour des épreuves censées être préparées bien longtemps avant. Aussi insignifiantes soient-elles, c’est à se demander comment ces « erreurs » ont pu passer entre les mailles du filet. La conception et la construction des sujets obéissent à un processus méthodique et bien organisé, facilitant une meilleure compréhension des énoncés par les potaches, au moment de l’administration des épreuves. Cette démarche vise à mettre en cohérence les exigences des curricula avec une élimination systématique de la totalité des coquilles et/ou imprécisions. Sous ce rapport, les autorités en charge des examens doivent comprendre qu’il n’y a pas d’erreur mineure. Même celles qui n’entachent pas la résolution des exercices ne sont pas tolérables dans un dispositif d’évaluation. Alors, qu’on ne vienne plus nous chanter qu’il n’y a pas d’influences notoires de ces soi-disant erreurs. En l’espèce, le remède consistant à ne pas désavantager les candidats à la correction, ne suffit pas pour effacer les manquements imputables à des agents qui ont manqué de vigilance et de rigueur par ricochet. L’avenir et la crédibilité de notre Ecole sont à ce prix. Nous ne pouvons plus continuer à subir des reformulations ou modifications d’énoncés en plein déroulement des épreuves.
Ce qui pourrait atténuer la critique par rapport à cet état de mauvaise organisation matérielle est moins une promesse de modification de barème à l’effet de ne pas pénaliser les candidats, qu’un engagement à situer les responsabilités et à les sanctionner. Mais, ce qui a toujours gêné aux entournures, c’est cette inclination à banaliser ou à minimiser ces soucis singulièrement imputables au relâchement lié à la négligence humaine. Tandis qu’à longueur d’année scolaire, l’enseignant conscient de ses responsabilités certifie à ses futurs candidats que les sujets seront clairs, nets et précis et adaptés à leur niveau, surtout pour cette « année-COVID » revêtue d’une complexité singulière. Les maîtres d’école ont plus insisté sur l’attitude à avoir pour ne pas se laisser surprendre par les épreuves, sur la manière d’aborder les sujets et sur la gestion du temps. Mais comment pouvait-on prévoir que des coquilles ou erreurs d’énoncés subsisteraient avec tout le recul dont les concepteurs, puis les secrétaires ont pu bénéficier ?
Si nous avons toujours insisté sur la perfection théorique des sujets, c’est parce que les enseignants que nous avons trouvés sur le terrain, pour la plupart, sont convaincus que certaines épreuves de cette année n’ont pas été proposées par des enseignants craie-en-main. Nous le savons que trop bien, la perfection n’est pas de ce monde. Mais quand même, avec tout le temps dont ont disposé les personnes en charge de la présélection, puis de la sélection, et enfin de la validation des sujets, il est fort à parier qu’il y a eu de grosses légèretés quelque part. Ce problème d’erreurs d’énoncés ou de coquilles qui s’invitent dans les sujets d’examen doit être résolu pour toujours, car il y va de la crédibilité de l’institution scolaire. Bien sûr, certains s’empresseront de rétorquer que cela arrive même dans les pays aux systèmes éducatifs les plus performants. Mais, en tous les cas, cela reste un caillou dans la chaussure qu’il faut définitivement extraire et jeter par-dessus bord. Les personnes concernées par la chaîne de responsabilités en question ont tout intérêt à profiter des défaillances de cette année pour questionner leurs propres aptitudes à s’acquitter correctement de cette charge.
Par ailleurs, ces erreurs d’apparence anodine n’ont malheureusement pas les mêmes conséquences sur les candidats compte tenu de leur structure scolaire d’origine. Nous savons de science certaine que les enfants sont différemment impactés par ce genre d’erreur. Souvent, la préparation du CFEE et de l’Entrée en 6ème est beaucoup fonction du type d’établissement fréquenté, mais aussi des méthodes des maîtres au Cours Moyen 2ème année. Certains enseignants préparent l’examen à la façon dont ils aborderaient une compétition internationale. Ils transforment leurs élèves en de véritables conquérants avec tous les automatismes et la confiance en eux qui va avec. Il est évident que ce genre de candidat ne se laissera pas abattre par une erreur d’énoncé, car cela faisait partie des prévisions de leurs maîtres. Ces derniers auront appris à leurs potaches qu’une erreur dans un sujet est comme une petite épine dans la chaussette et que nul ne devrait être désarmé pour cela. En revanche, pour des élèves en situation d’équilibre instable, elle peut véritablement les faire basculer du côté de l’échec.
Pour l’heure, le mal est fait et décrié par une bonne partie de la communauté éducative, et rien ne permet d’en mesurer la profondeur ou de le rectifier. Toutefois, il nous reste des résolutions à prendre et un pari sur l’à-venir à faire. Nous exigeons désormais, plus de rigueur et de responsabilité. Les sujets, sous le sceau de la confidentialité, doivent être étudiés par différents niveaux et dans plusieurs comités de relecture par des spécialistes des principales disciplines, jusqu’au jour « J », de sorte à ne laisser échapper aucune imperfection qui puisse semer le doute chez nos candidats.
Savent-elles déjà, ces personnes chargées de la conception et du contrôle des sujets d’examen, que l’acte de négligence dont elles ont fait montre cette année, peut être de nature à briser la confiance que nos enfants, leurs enseignants et les parents ont de notre système éducatif ? Et savent-elles que leur manque de rigueur peut mettre très en mal, la confiance qu’ils ont de l’Etat dans son ensemble ? La tolérance zéro doit être l’option choisie par les autorités étatiques à l’encontre de ses agents dont la négligence aura été à l’origine d’une erreur, si minime soit-elle, dans un sujet d’examen.

Lamine Aysa FALL
Expert/ Consultant en Education et Formation
Email : lamineaysa@gmail.com




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