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Enseignement supérieur au Sénégal : l’ultime décision d’un aveu d’échec !

En prenant la décision d’orienter l’ensemble des nouveaux bacheliers 2019 dans les établissements publics de l’enseignement supérieur, l’Etat du Sénégal, à travers son ministre de l’enseignement supérieur, vient de faire un dangereux pas en arrière. Le mobile de cette décision est, selon Cheikh Oumar Anne, une manière, pour le gouvernement, de réduire la facture très salée due aux établissements privés de l’enseignement supérieur qui accueillent depuis quelques années des étudiants sous la charge de l’Etat. Vision trop simpliste de l’importance de l’enseignement supérieur dans le développement et l’avenir d’un pays. Il est très normal que l’enseignement supérieur coute cher à l’Etat. C’est d’ailleurs le contraire qui aurait étonné.
Il est important de rappeler, à toute fin utile, que c’est suite au constat par Tous de la saturation des universités publiques que l’Etat du Sénégal a pris la décision d’orienter une partie des bacheliers dans les universités privées qui, à leur tour, devront remplir un certain nombre de critères parmi lesquels la reconnaissance du Cames. Revenir sur cette orientation politique alors que le contexte de sa mise en œuvre n’a presque pas changé est incompréhensible. Et, De grâce, qu’on ne nous parle surtout pas des chantiers en cours de finition !
 Il est d’une importance capitale d’aborder avec toute la rigueur scientifique requise, sans démagogie, ni esprit politicien, la question de l’orientation des nouveaux bacheliers dans les universités publiques si nous ne voulons pas aboutir à des garderies de grands enfants, onéreuses, inefficaces et inefficientes pour le Sénégal. De toute façon on réussira difficilement à améliorer le système global si on ne regarde pas l’orientation, le fonctionnement et les rendements de nos universités publiques. L’examen des coûts de rendement dans ces universités met en évidence un gâchis financier manifeste sans parler des détresses humaines des jeunes étudiants rejetés après trois ou quatre années de transit à l’âge où l’avenir se construit, alors que l’évidence s’impose, pour beaucoup d’entre eux, au moment de leur orientation, il était quasiment sûr qu’ils n’allaient pas réussir.
Le département de l’enseignement supérieur doit obligatoirement réinventer une orientation pour nos Collèges Universitaires Régionaux parce que pour être efficaces et efficients, ils doivent être, à l’instar des Instituts d’Etudes Technologiques (ISET) tunisiens, des collèges communautaires américains et canadiens, etc., les cadres naturels d’orientation et de formation technologiques et professionnels de jeunes bacheliers qui souhaitent embrasser très tôt un métier ou dont le profil ne permet pas d’envisager des études universitaires avec succès. Bambey a, dès sa naissance, renié son statut de CUR régi par le décret qui l’organise et en dehors de tout cadre institutionnel s’est autoproclamé Université de Bambey, mettant à terre toute l’orientation politique qui a présidé à sa création.
Il devient impératif de repenser l’Université publique à travers des relations fortes avec les milieux socio-économiques, l’insertion des étudiants, la valorisation des résultats de la recherche, de l’expertise qu’elle renferme et enfin les services qu’elle est susceptible d’offrir à la société au-delà de ses missions traditionnelles de formation et de recherche. Ce n’est qu’à ce prix que l’université publique survivra à la concurrence et à la compétition nécessaire et salutaire avec le secteur privé de l’enseignement supérieur qui, lui-même, est dans une situation moins reluisante.
Dans ce Sénégal nouveau, il est nécessaire pour atteindre des objectifs réalistes en matière de formation des ressources humaines en adéquation avec les objectifs économiques, de revoir toute l’organisation du système éducatif sénégalais en privilégiant la formation professionnelle et technique tout en évitant de lui reconstruire un ghetto pour les élèves et étudiants en situation d’échec. Et pour cela, il est nécessaire de maintenir le lien avec les universités privées, de les réorganiser, de les encadrer afin de pouvoir résoudre cette lancinante question de l’orientation des nouveaux bacheliers et donner un sens à notre enseignement supérieur.

Elimane Abdoul FALL




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