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Endiguer la violence dans l’espace scolaire:  » Plus qu’une urgence ,c’est une prescription d’ordre moral à satisfaire. » ( Dagobert Zaccaria)

Les scènes de violence qui rythment la fin de l’année dans des établissements scolaires du pays constituent dans l’actualité un point de tension qui retient l’attention de bon nombre de sénégalais. Au delà des réprobations, des récriminations et des condamnations sans réserve, nous devons éviter de tomber dans analyses circonstanciées dictées par l’émotion ou la colère. Sans nous départir de notre lucidité et notre sérénité, il nous faut procéder à une lecture globale dynamique de ces événements afin d’en déterminer les éléments explicatifs qui sont multiples et liés dans un rapport complexe. C’est pourquoi dans l’examen de ces événements auquel nous allons nous livrer, nous interrogerons d’abord l’institution scolaire dans ses normes architecturales, ses conditions ergonomiques et son organisation interne. Permettent-elles de sécuriser l’espace scolaire et de protéger ses occupants contre d’éventuelles agressions extérieures ? Ensuite nous nous intéressons aux rapports qu’entretiennent ses principaux protagonistes. Portent-ils des germes de conflits ou de violence? Enfin nous porterons un regard critique sur quelques pans des programmes et textes réglementaires qui organisent les enseignements/apprentissages. Promeuvent-ils une culture civique et citoyenne comme remparts contre la violence ? Il n’est que de visiter nos établissements scolaires pour se rendre à l’évidence du déficit infrastructurel et du dénuement matériel dans lesquels ils se trouvent. Rares sont les établissements qui répondent aux normes en matières de construction et d’aménagement scolaire. En milieu rural, les abris provisoires demeurent une constante que l’Etat a du mal à résorber. La plupart des écoles y sont dépourvues de points d’eau, de toilettes fonctionnelles et d’infrastructures adéquates pour des loisirs. En milieu urbain, sous la pression foncière et sous la poussée démographique entraînant une forte demande scolaire tout l’espace est occupé par des bâtiments qui logent des effectifs pléthoriques. Avec la promiscuité les élèves y étouffent. Ne disposant d’espace vital et d’infrastructures adaptés à leurs besoins et à leur épanouissement, contraints de contenir et de canaliser leur trop plein d’énergie et d’ardeur, comment dès lors s’étonner que ces milliers d’élèves issus de milieux éducatifs différents et dans la pluralité de leurs personnalités ne trouvent dans la violence verbale et parfois physique un exutoire à leurs privations et frustrations. Ils sont très nombreux ces élèves qui évoluent dans un cadre physique peu accueillant, peu attrayant et un environnement relationnel pas toujours stable. Combien d’empoignades, de heurts, de conflits entre élèves et enseignants ? La relation pédagogique est avant tout une relation affective. Elle est certes asymétrique mettant en présence un jeune apprenant et un adulte médiateur du savoir. Mais chacun d’eux, dans une symbiose relationnelle doit s’efforcer de découvrir l’autre dans sa singularité. La relation pédagogique repose fondamentalement sur l’empathie, la confiance, l’entente, la convivialité, le respect.. Et dans ce face à face pédagogique, l’élève et l’enseignant doivent échanger, partager, dialoguer dans une complicité permanente et dans une acceptation réciproque. Je ne suis pas sûr qu’il en soit ainsi dans la quasi-totalité de nos écoles. Combien de fois avons-nous surpris dans le secret de leurs conversations, des élèves dresser un réquisitoire sévère contre certains de leurs enseignants ? Combien d’élèves ont été temporairement renvoyés pour avoir manqué de respect à leurs professeurs ? Qu’en est-il de l’image de l’enseignant ? A voir les reproches qui lui sont faits par une partie de nos concitoyens, le doigt accusateur qu’on lui pointe des fois, les commentaires subjectifs et les rapports accablants dont il es l’objet de la part d’organisations non gouvernementales dont les desseins cachés parlent plus que leur attachement à l’éducation, le traitement discriminatoire qui lui est réservé de la part des autorités étatiques, l’on est en droit de nous interroger songeur et inquiet sur la perception et l’image que reflète l’enseignant dans la société. Jadis admiré, respecté, adulé, vénéré, exalté, loué, l’enseignant est devenu, quelconque dans un monde marqué par un matérialisme débridé où le paraître et l’avoir prennent le pas sur le devenir et l’être. Avons-nous besoin de rappeler l’hymne vibrant rendu aux enseignants par Mariama Bâ dans  » Une si longue lettre « .  » Les enseignants forment une armée aux exploits quotidiens, jamais chantés, jamais décorés……. ». Il est impératif de restaurer l’autorité de l’enseignant. Quand l’autorité s’affaiblit, c’est toute l’institution qui s’affaisse. Toutes les attaques, agressions et violences exercées sur l’enseignant et sur l’école procèdent de cet affaissement. Il faut que l’autorité et la discipline reviennent à l’école non pas comme des moyens de coercition mais comme des leviers d’une gestion participative et d’une gouvernance inclusive qui s’adosse à une pédagogie de la persuasion et de la responsabilité. Une responsabilité assumée par des chefs d’établissement compétents, bien formés au management des établissements et à la gestion et à la prévention des conflits et des violences. D’ailleurs la violence n’a complètement déserté l’école mais elle était contenue dans des limites acceptables par des mécanismes de régulation et d’auto-défense dont l’institution scolaire s’était dotée. Ce sont ces mécanismes qui sont entrain de nous échapper et qui expliquent toute cette violence gratuite dont elle est aujourd’hui le théâtre d’opération. A cet mouvement de sursaut pour une école apaisée, pacifique et stable doivent participer les parents d’élèves en veillant davantage à lu inculquer à leur enfants une éducation de base fondée sur les valeurs de tolérance, d’humilité, de respect de l’autre et du bien public, d’entraide, de convivialité. Nos programmes scolaires doivent être des réceptacle et des vecteurs de ces valeurs  » le curriculum de l’éducation de base l’a fait  » cultivées et enseignées de l’éducation préscolaire jusqu’à l’université à travers l’éducation civique, l’éducation à la citoyenneté sans oublier le développement de modules sur la culture numérique qui apparaît comme un besoin émergent à prendre en charge. L’école n’est un îlot détaché de son environnement social. Elle est traversée par les mutations et transformations qui s’opèrent par des dynamiques sociales, économiques et culturelles qui posent de nouvelles problématiques sociétales qui l »interpellent et qu’elle est tenue d’intégrer dans ses c schémas directeurs d’éducation et de formation. La violence qui est l’une de ses manifestations les plus visibles aujourd’hui plonge ses racines dans des réalités socio- économiques caractérisées par une pauvreté croissante, des inégalités sociales prononcées, une crise d’autorité aiguë, un développement exponentiel des réseaux sociaux dont le pouvoir d’influence et les capacités d’amplification sont sans commune mesure comparées aux médias classiques  » radio, télévision « . C’est la raison pour laquelle, par un recentrage des ses besoins et priorités, l’école doit dans une dialectique de co-construction mobiliser tous ses acteurs pour définir à partir de ses propres mécanismes de fonctionnement des stratégies adaptées et des mesures consensuelles de gestion administrative pour endiguer la violence. Plus qu’une urgence ,c’est une prescription d’ordre moral à satisfaire.

Dagobert Zaccaria, Inspecteur de l’éducation

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