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« L’Etat sans la justice: une grosse bande de brigands » ou comment sortir de la gestion ”sombre” et ”vertigineuse” du pouvoir au Sénégal depuis la seconde alternance

Dans la situation politique, économique et sociale actuelle du Sénégal, il n’est plus possible aux chefs religieux, de quelque bord qu’ils soient, en raison de leur rôle d’éveilleurs des consciences, de garder le silence plus longtemps. C’est ce qui justifie, d’une part, notre contribution comme prêtre catholique, qui ne saurait toutefois traduire la voix officielle de l’Église, dont la mission prophétique pourra se manifester opportunément dans les circonstances présentes, comme elle n’a pas manqué de le faire en d’autres temps, à travers ses plus hauts représentants. C’est, d’autre part, la contribution d’un simple juriste, amoureux et praticien du droit et de la jurisprudence -en particulier ecclésiastiques. Le pays est en danger! Soumis à une gestion sombre et vertigineuse; livré aux enchères des marchés internationaux; voyant l’avenir de sa jeunesse compromis; lassé par les beaux slogans sans effet, qui étaient autant de promesses non tenues, tels: «gérer autrement», «la préférence nationale», «la patrie avant le parti», «le partage équitable des biens», «l’homme qu’il faut à la place qu’il faut», «une république des valeurs et une justice impartiale», «la magie du clic face à la dictature du fric et du flic», etc.; dégoûté enfin par toute cette opération de séduction fortement relayée par les organes nationaux de communication, véritables outils de propagande à la solde d’un régime, le Sénégal crie au secours! Qui entendra sa détresse? La fameuse «démocratie sénégalaise» a semblé adopter, en quelques petites années, la posture d’une démocratie «bananière» ou – si l’on préfère – «arachidière». Une personnalité française, a osé prononcer l’expression pleine d’ironie: «démocratie à l’africaine»; entendez simplement ”dictature”.La crise que traverse le Sénégal est fondamentalement une crise du droit et, partant, de la justice. Nous voulons, à travers ces lignes, exprimer à la face du peuple sénégalais, notre indignation devant le mauvais traitement qu’ont subi le droit et la justice dans notre pays depuis quelques années. Un tel délabrement de ces principes ne s’expliquerait autrement que par le mépris, sinon par l’ignorance crasse et supine, des principes fondamentaux du droit, et par l’application égoïste de celui-ci au service des intérêts de quelques-uns et au détriment du peuple sénégalais qu’ils sont censés servir. J’affirme que, si la justice avait, en âme et conscience et en toute indépendance, dénoncé avec courage le caractère anti-juridique et parfois anti-constitutionnel de certains actes et décisions émanant des plus hautes autorités de l’État; si elle avait, en toute responsabilité, élevé la voix pour exiger le procès de nombreux fossoyeurs des deniers publics clairement identifiés par les organes de contrôle  et dont les dossiers souffrent sous le coude de quelqu’un, non seulement elle aurait fait honneur au principe d’équité juridique, mais encore, en redorant son blason dans l’opinion publique nationale et internationale, elle aurait contribué à ramener la confiance chez les populations et la paix dans le pays. Dans l’impasse morale et juridique où se trouve actuellement notre pays, à moins d’un mois et demi d’une élection présidentielle plus qu’improbable, il est bon de rappeler à nos compatriotes, en particulier aux autorités gouvernementales, religieuses, politiques et juridiques, ces réflexions du Pape Benoît XVI, dans un discours prononcé devant le Parlement Fédéral Allemand  sur les fondements du Droit, en partant de l’expérience du roi Salomon: «Au jeune roi Salomon, disait le Pape, à l’occasion de son intronisation, Dieu accorda d’avancer une requête. Que demandera le jeune souverain en ce moment important. Succès, richesses, une longue vie, l’élimination de ses ennemis? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre, il demanda: ”Donne à ton serviteur un cœur docile, pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal” (I R 3, 9). Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui, en définitive, doit être important pour un politicien. Son critère ultime pour la motivation de son travail comme politicien, ne doit pas être le succès et le profit matériel. Le but de la politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherchera le succès, qui, en soi, lui ouvre la possibilité de l’action politique effective. Mais le succès est subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en œuvre le droit et à l’intelligence du droit. Le succès peut être aussi une séduction, et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice. ”Enlève le droit – et alors qu’est-ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands?”, a dit un jour Saint Augustin (…) Servir le droit et combattre la domination de l’injustice est et demeure la tâche fondamentale du politicien. Dans un moment historique où l’homme a acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable, cette tâche devient particulièrement urgente (…) Comment reconnaissons-nous ce qui est juste? Comment pouvons-nous distinguer entre le bien et le mal, entre le vrai droit et le droit seulement apparent? La demande de Salomon reste la question décisive devant laquelle l’homme politique et la politique se trouvent aussi aujourd’hui (…) Au jeune Salomon, au moment de son accession au pouvoir, une requête a été accordée. Qu’en serait-il à nous, législateurs d’aujourd’hui, s’il nous était concédé d’avancer une requête? Que demanderions-nous? Je pense qu’aujourd’hui aussi, en dernière analyse, nous ne pourrions pas désirer autre chose qu’un cœur docile ̶ la capacité de distinguer le bien du mal et d’établir ainsi le vrai droit, de servir la justice et la paix» (Benoît XVI, Discours au Bundestag, 22 septembre 2011). Saint Augustin -cité plus-haut par le Pape Benoît XVI- invoquant l’autorité de Cicéron, a écrit que «rien n’inspire autant de répugnance à l’État que l’injustice: la société civile peut être administrée et préservée seulement avec une grande justice» (De Civitate Dei, II, 21. 1). Puis, il ajoute ceci, qui vaut pour tous les âges et tous les lieux: «Si la justice n’est pas respectée, que sont les États sinon de grosses bandes de brigands? Car, que sont les bandes de brigands sinon de petits états? Il s’agit toujours d’un groupe d’individus qui est régi par le commandement d’un chef, qui est lié par un pacte social, et dont le butin se partage selon la loi de la convention» (De Civitate Dei, IV, 1. 4). Tout cela a de quoi nous faire réfléchir, au demeurant, nous qui avons la chance de vivre dans un pays de croyants. Dans l’évocation, par le Pape Benoît XVI, de la requête que le roi Salomon fit à Dieu (”Donne à ton serviteur un cœur docile, pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal”), Chrétiens et Musulmans se retrouvent parfaitement. Le récit de la vie et des œuvres de Salomon, rapporté dans le Premier Livre des Rois, bien que restitué de façon différente par le Coran, révèle aussi plusieurs analogies quant à la sagesse, la droiture, la bonté et la probité morale de ce grand roi, que l’Islam classe dans la liste des Prophètes (Cf., Sourate 27, ”An-Haml” – Les Fourmis). Et puisque nous sommes des croyants, entendons encore une fois Saint Augustin nous dire que «la justice n’est pas une vraie vertu, si elle n’est pas référée à Dieu» (De Civitate Dei, XIX, 25). Ce n’est pas pour rien que les sentences des Juges des Tribunaux ecclésiastiques sont toujours précédées par la formule latine: «Solum Deum prae oculis habentes» (trad. : ”ayant Dieu seul devant les yeux”). Quant aux Juges des Tribunaux civils, si, à la place de Dieu, leurs jugements sont rendus au nom du peuple, il ne manque pas de citoyens qui les renvoient souvent à Dieu, par des formules très explicites (en wolof): «Xool léén séén diganté ak Yalla» (trad: ”considérez votre rapport à Dieu”); «xool léén séén bammeel» (trad.: ”considérez la tombe dans laquelle vous serez enterré”); «xool léén ni ngéén di mujjéé ëllëk» (trad.: ”rappelez-vous que vous allez mourir”). Fort des enseignements de Saint Augustin et du Pape Benoît XVI, il nous plaît, pour finir, d’exprimer quelques souhaits, à l’attention de la prochaine équipe qui aura la tâche de redonner espoir à notre cher pays, sur lequel planent des nuages plus que sombres, et dont les institutions et l’économie se trouvent dans un état de délabrement très avancé: 1. Alors que beaucoup aimeraient voir la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI) reprendre du service, pour statuer sur le cas des  milliardaires présumés du régime actuel, nous plaidons pour sa suppression pure et simple. Car, c’est une juridiction d’exception, qui ne respecte pas les règles élémentaires d’une bonne procédure et qui, de ce fait, ne peut qu’émettre des sentences de condamnation injustes. Or, toute injustice est à bannir. 2. Par contre, nous sommes pour le maintien de l’Office National de Lutte contre la Fraude et la Corruption (OFNAC) et le renforcement de ses pouvoirs. 3.Par souci d’économie et de rationalisation des dépenses publiques, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), ainsi que le Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT) devraient être supprimés. 4. Le Parlement devrait être dissous et le nombre des députés ramené à 100 (cent). 5. Tous les contrats miniers, pétroliers et gaziers dans lesquels le Sénégal est perdant, devraient pouvoir faire l’objet de renégociation. 6. Nous souhaitons, enfin, la révision de la Constitution, pour réduire drastiquement le nombre des partis politiques, pour instaurer la proportionnelle intégrale aux élections législatives et pour  fixer le mandat du Président de la République à 6 (six) ans non renouvelables. 
Ce 12 janvier 2019.
                                                                Abbé Nicolas DIENE                                                                e.mail: nicodiene@yahoo.fr




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