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Comprendre la Maladie et la santé : une lecture psycho-socio-anthropologique à Touba et Mbacké.

A l’intention de la cellule de lutte contre le covid 19 pour mieux communiquer.

Chez les wolof mourides, peu de termes renvoient à la santé. De manière générale, deux termes wolof –jàmm et wér – sont employés pour désigner l’idée de santé.

Jàmm renvoie à l’état d’harmonie systémique que vit l’individu. C’est ce qu’exprime l’expression wolof « jàmmi yaram » qui désigne l’état d’harmonie du corps. De même, jàmm renvoie aux relations harmonieuses entre l’individu et son milieu socioculturel et environnemental. En outre, il renferme une dimension spirituelle et religieuse dans le sens où il est recherché dans les relations avec le sacré et surnaturel. C’est dire que jàmm désigne l’harmonie du corps, celle de la famille et de la communauté. Il a une connotation systémique.

Wér traduit aussi l’idée de santé et de guérison. De même, il désigne à la fois le fait d’être guéri et celui de ne souffrir d’aucune maladie (voir Lamine NDIAYE, Mort et thérapie en Afrique, p.144 et Cheikh Ibrahima Niang, Santé, société et politique en Afrique p.17). Contrairement au terme jàmm, celui de wér a une connotation individuelle : en effet, il concerne une personne ou un organe biologique.  Toutefois, il s’applique aussi bien à la santé psychique qu’à la santé physique. Dans l’imaginaire collectif des gens de Touba et de Mbacké, wér est considéré comme la première condition à l’accomplissement des aspirations individuelles et collectives. Il autorise et entretient l’espoir.

À côté des termes wér et jàmm, les expressions telles que féex, tawféex, tane, am tan, am wérgi yaram, am wér, jàmm ak xeewal, mangi sant, sant (voir Lamine NDIAYE, Mort et thérapie en Afrique), sont aussi employés pour désigner une personne malade qui retrouve la santé. Aussi, importe-t-il de souligner que lorsque le terme sant est employé, il est accompagné par les noms de marabouts mourides tels que Cheikh Ahmadou Bamba et serigne Fallou. Pour dire qu’ils sont en bonne santé, les gens de Touba et de Mbacké utilisent fréquemment les formules : « sant Cheikh Ahmadou Bamba, borom Touba » et « sant serigne Fallou », que nous pouvons traduire par « nous remercions Cheikh Ahmadou Bamba, le propriétaire de Touba », « nous remercions serigne Fallou ».          

L’analyse des termes et expressions utilisés pour désigner la santé montre que cette dernière est une préoccupation quotidienne chez les mourides. En effet, nous retrouvons quotidiennement l’évocation de la santé chez eux, notamment dans leurs prières adressées à Allah. Parmi celles-ci, nous pouvons mentionner les suivantes « yàlla na ñu yàlla may wérgu yaram » (qu’Allah nous offre une bonne santé), « yàlla na ñu yàlla may jàmmi biir ak ju biti » (qu’Allah nous accorde une paix aussi bien intérieure qu’extérieure), « yàlla na ñu yàlla musal ci dée gu ñaaw» (qu’Allah nous préserve d’une vilaine mort : voir Lamine Ndiaye Mort et thérapie en Afrique),« yalla na ñu yàlla ak serigne Fallou may dooley biir ak ju biti » (qu’Allah et serigne Fallou nous offrent une puissance intérieure et extérieure), « yalla na ñu yalla ak Cheikh Ahmadou Bamba may gudd fan ak wér gi yaram » (qu’Allah et Cheikh Ahmadou Bamba nous offrent une longue vie accompagnée d’une bonne santé corporelle). La fréquence de ces prières et demandes montre que les gens de Touba et de Mbacké expriment toujours le souhait de vivre en bonne santé aussi longtemps que possible.

En somme, la santé est une notion polysémique chez les mourides. Elle a une importance capitale. Elle a une connotation à la fois systémique et individuelle. De même, elle renferme une dimension spirituelle et religieuse parce qu’elle est recherchée dans les relations avec le sacré, le surnaturel et le confrérique (covid 19 en témoigne). Cette conception large de la santé influence celle de la maladie.

En effet, les gens de Touba et de Mbacké utilisent divers termes et expressions pour nommer la maladie : tawat, feebar, wéradi, sibiru,  ñakka wér, wopp, jagadi, tàngat, yaram wu safaano, yaram wu naxari, yaram wu tang, yaram yu diss, yaram wu yëngatu, tedd, jàngoro et lott.Ces termes montrent, d’une part, la diversité de la terminologie utilisée pour désigner la maladie. Et, d’autre part, ils révèlent qu’il y a souvent une mise en évidence du corps – yaram – dans la maladie. Le corps est généralement évoqué en cas de maladie. Les gens de Touba et de Mbacké le perçoivent, de manière générale, comme une entité à la fois physique et métaphysique.  

Cette conception large du corps explique le caractère polysémique des causes de la maladie à Touba et Mbacké. En effet, ils se représentent la maladie comme une réalité ayant à la fois des causes biologiques et spirituelles, naturelles et surnaturelles. Les paramètres avec lesquels ils interprètent la maladie et les symptômes sont intrinsèques et extrinsèques au corps, voire éclectiques.

Cette manière d’interpréter la maladie s’explique par les mutations socioculturelles et religieuses qu’a connues la ville de Touba (Mbacké). En effet, les représentations des causes de la maladie ne s’appuient pas seulement sur des conceptions traditionnelles. Elles s’appuient aussi sur des résidus, des bribes et des morceaux de conceptions traditionnelles, islamiques, occidentales, arabes et mourides. L’interconnexion de ces croyances d’origines diverses façonne[1] et installe le système de représentations des causes de la maladie.

C’est dire que contrairement à la plupart des recherches sur les sociétés africaines, chez les mourides, une maladie n’est pas interprétée principalement comme un signe annonciateur du désordre social vital. De même, les causes de cette maladie ne sont pas seulement les puissances telles que la divinité, les ancêtres, les esprits ancestraux, etc. Ces représentations, bien qu’elles subsistent, perdent de leur substance. Elles sont mises à l’épreuve par les conceptions islamiques, occidentales et mourides.

Dr  Babacar DIOP : socio-anthropologue et psychologue




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