Le PRODAC et la souveraineté alimentaire (Par Boucar DIOUF, Président de la CIAR)


La pandémie du SRAS-COV- 2 a plongé le monde entier en situation de crise. Les Etats ont pris des mesures exceptionnelles telles que les restrictions de mouvements ou les plans de résilience avec une mobilisation massive de fonds publics. C’est dans ce cadre que par décret n°2020-884 du 1er avril 2020, le Président de la République a institué le ‘’Force-Covid 19’’ qui est un Fonds de riposte et de solidarité contre les effets de la maladie à coronavirus, doté d’un budget de 1000 milliards de francs CFA.L’agriculture comme beaucoup de secteurs de l’économie nationale va ressentir les méfaits de la propagation du coronavirus si l’Etat n’anticipe pas dans la prise en charge de cette problématique. C’est à cette fin que le Président de la République a décidé d’une rallonge de 20 milliards sur le budget en cours du ministère de l’Agriculture. Cette dernière constitue en effet la principale activité économique en zone rurale et occupe un large part de la population active. En outre, elle reste l’une des principales base d’un développement artisanal et industriel.C’est sur la base de cette situation que le Président a instruit le ministre de l’agriculture de déployer tous les moyens capables de nous hisser vers une Souveraineté Alimentaire. La souveraineté alimentaire réinscrit la question alimentaire au cœur du débat politique, celui-ci ayant été largement dépolitisé via le rôle dominant accordé au marché régulateur. Le Président de la République nous invite donc à une relecture de la question alimentaire et des politiques agricoles par un contournement des cadres d’interprétation forgés dans les décennies précédentes et qui avaient concouru à la dépolitisation de la question agricole. En effet, parti sur une base politique au plan alimentaire au travers de la notion   d’autosuffisance alimentaire, cette dernière sous les coups de boutoir du marché mondial, va laisser la place à la sécurité alimentaire qui s’analyse en une situation au profit de laquelle l’offre de biens alimentaires correspond à la demande globale de biens alimentaires.Cette dernière acception consacre la libéralisation des biens agricoles à l’Organisation Mondiale du Commerce avec l’instauration d’un marché mondial libre et concurrentiel et la possibilité d’exporter à des prix bas sur d’autres marchés (dumping). Ce sont ces contraintes qui ont été dénoncées par Via Campesina en 1996 avec l’instauration de la notion de souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire ne repose pas uniquement sur l’augmentation de la productivité et des volumes de production du pays, mais aussi et surtout sur le développement de ses capacités agricoles.C’est dire que le Président de la République, convaincu que le Ministre de l’agriculture n’est pas le ministre des agriculteurs, invite ce dernier, à travers une vision panoramique, d’appréhender l’agriculture et l’ensemble des acteurs et métiers connexes. C’est dans cette perspective que le Prodac qui vise l’agriculture et les métiers connexes reste un atout majeur entre les mains des autorités. Fruit de la vision du Président de la République, le Prodac, mis en place à partir de 2015 est un programme chargé de promouvoir l’entreprenariat agricole en milieu rural et péri-urbain en mettant le curseur sur la frange jeune et les femmes.   Dans la phase de mise en œuvre, le programme aménage de vastes étendues de terres (entre 2000 et 5000 hectares) et met en place différentes infrastructures de nouvelle génération pour l’agriculture et les métiers connexes. Il s’agit ensuite d’accompagner et d’encadrer les jeunes et les femmes éligibles (GEA) dans ces domaines(DAC) pour arriver à créer de façon massive des emplois durables. Malgré des difficultés de démarrage liées à la mobilisation des fonds et à des attaques répétitives à soubassement politique, le Prodac est aujourd’hui en mesure de réussir le pari du Président de la République avec une équipe dynamique et professionnelle et un Coordonnateur qui rassure par sa compréhension de la vision et ses capacités managériales. On peut par contre noter des contraintes liées à une faible capacité à irriguer des milliers d’hectares et à préparer les sols en raison de l’insuffisance des fonds alloués. D’autres lenteurs sont liées à l’activité proprement dite qui consiste à constituer progressivement l’activité agricole en profession, ce qui implique un ensemble d’exigences autres que la seule détention d’un espace à cultiver.En effet, au-delà des terres, il est nécessaire de former professionnellement les incubés qui doivent, à terme, faire preuve d’une compétence avérée. De même, la définition de ‘’l‘agripreneur’’ ou entrepreneur agricole intègre la tenue d’une comptabilité de gestion, la planification des différentes activités sur l’exploitation agricole, les prévisions de production et de commercialisation correspondantes qu’implique un plan de développement. En revanche dans le sens d’un appui immédiat au ministère de l’agriculture pour la campagne hivernale en cours, le Prodac reste un atout. En effet le Prodac peut mobiliser 10 000 hectares en open- field répartis entre les régions de Sédhiou, Thiès, Diourbel, Kédougou et Louga. Il dispose de techniciens de haut niveau capables d’accompagner les productions de l’Etat ou de tiers dans les sites en question.Voilà pourquoi les possibilités du Prodac doivent être activées dans le sens de la mise en place de la souveraineté alimentaire.

 Président de la CIAR (Convergence d’Idées et d’Actions autour de la République)

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