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Kolda/Octroi des 1000 ha de Pakour: tout ce qu’il faut savoir sur ce projet.

Les 1000 hectares de terres le long du fleuve Kayanga octroyés à Mamadou Sall, un promoteur privé, par la municipalité de Pakour indispose une frange de la population. Si ce dossier ne vous dit rien, sachez que c’est après être allé répondre aux collectifs de lutte contre les spoliations foncières de Pakour que Guy Marius Sagna a écrit son post qui lui vaut sa détention actuelle. La manifestation étant interdite, Guy Marius et ses compagnons de lutte comme Jeunesse panafricaine de Vélingara, Walikare é Pewal de Kounkané, One nation, Génération consciente et Doy Na de Pakour avaient été chassés par les hommes en bleu. La suite on la connaît…

Une délibération de la mairie qui continue de faire jaser et grincer des dents du côté de Pakour.
Ces terres sont dans la forêt de près de 9 km de long coincée entre les villages de Anambé Couta, Kountada, Sinthiang Fally, Diaocounda, Sinthiang Madia, Saliya, Manato, Sin­thiang Mandou, Sinthiang Téning…et le cours d’eau la «Kayanga».
Qu’est-ce qui s’est réellement passé ? Dakaractu a donné la parole aux différents acteurs concernés pour faire la lumière sur la procédure d’octroi des 1000 hectares et éclairer les zones d’ombre. 

Le maire de Pakour contacté, revient sur la procédure. « L’octroi de ces terres a été fait de façon transparente. Nous avons respecté toutes les procédures et mieux, les Eaux et Forêts, le directeur régional de l’agriculture, le gouverneur de la région de Kolda ont été tous impliqués du début jusqu’ ‘à la fin. C’est un promoteur du nom de Mamadou Omar Sall qui s’est rendu en 2016 à Pakour avec un projet de bananeraie. Il a déposé une demande à la mairie comme tout sénégalais. En tant que maire j’ai remis le dossier à la commission domaniale composée de chefs de village, des conseillers et des services techniques. Ils se sont rendus auprès des villages pour d’abord informer et s’enquérir du point de vue des populations. Ils ont fait un rapport qu’ils ont déposé au niveau de la mairie avec des feuilles de présence. Les populations qu’on a trouvées sur les lieux sont d’accord avec le projet, tout simplement parce que l’emploi des jeunes sera particulièrement impacté », a fait savoir Diarga Sané.

Un proche du promoteur joint par téléphone confirme les propos de l’autorité, qu’il réconforte en disant que tout d’abord le maire a dit qu’il lui faut avoir l’aval du conseil avant toute délibération. C’est ainsi qu’il a convoqué le conseil pour statuer après que leur représentant ait présenté le projet aux membres du conseil. C’est après concertation entre conseillers que notre demande a été approuvée à l’unanimité par le conseil, nous souffle-t-il.

Des explications que balaie d’un revers de main Alpha Oumar Sow, membre de Frapp section Vélingara. « Ce qu’on dénonce et qu’on va continuer à dénoncer, c’est que nous n’accepterons pas ce projet. Parce qu’ils l’ont fait sans consulter la population. Le maire et son équipe n’ont pas voulu nous montrer le contrat qui les lie avec le promoteur privé et ce dernier n’a pas voulu nous rencontrer. Il nous a révélé que c’est un contrat moral qui le lie avec l’équipe municipale. Le maire n’a rencontré aucune des autorités qui dirigent les 32 villages. Le promoteur a juste regroupé des vieux et leur a donné de l’argent pour acheter leur silence. Ils n’ont consulté personne », décrie l’activiste.

Toutefois, le maire souligne que tout ce bruit est politique.  « En 2016, tous les conseillers ont donné leur accord de principe et approuvé le projet. Deux ans plus tard, il y’a un conseil qui s’est démarqué et a dit à la population que le maire a vendu les terres. Et pis, à l’approche de ces élections, nous voyons encore ces gens faire des mouvements. C’est par la suite que j’ai appris que le mouvement FRAPP va faire une marche à Pakour. Ils ont fait leur marche sans problème et ensuite ils ont fait une autre demande au niveau de la préfecture sous prétexte d’un sit-in. Le sous-préfet n’a pas approuvé cette demande. Nous ne savons même pas que Guy Marius Sagna allait venir. Suite à cela, nous avons eu écho comme tous les sénégalais de son arrestation », explique le maire au bout du fil.
Ce que notre source proche du promoteur ne digère pas. Selon lui, les accusations contre le maire sont purement politiques. Tous les 47 conseillers ont voté favorablement pour la classification des 1000 hectares à usage agricole. « Le développement ne rime pas avec la politique. C’est ce que veulent faire ceux qui s’opposent au projet qui a démarré depuis 2020. Depuis 2016, si nous sommes dans l’illégalité on n’en serait pas à ce stade ».

Il poursuit en disant que le maire ne peut faire qu’une seule chose, c’est de convoquer le conseil pour présenter le projet.« Après que le conseil a délibéré, le procès-verbal fut envoyé d’abord à la sous-préfecture, ensuite au service régional des Eaux-forêt et chasse puis au bureau du conseil départemental avant d’atterrir à la gouvernance. C’est ça la voie normale et légale à suivre. Le maire n’y est pour rien. En plus, c’est le génie civil de l’armée qui a défriché le périmètre avec tous les moyens nécessaires. Nous avons des permis de coupe d’arbres que nous faisons… »

La source du promoteur d’ajouter pour flinguer les activistes. « Il y a quelques semaines, j’ai payé à un groupe d’employés la rondelette somme de 170 millions devant les autorités déconcentrées du département de Vélingara. Un paiement public pour montrer aux gens ce que nous faisons. Les opposants du maire parlent de 50 millions que nous devons à la municipalité. Je vous précise que nous avons financé des activités de la commune à hauteur de 270 millions de francs : la construction de 8 km de pistes de production, nous avons aménagé huit hectares pour permettre aux femmes de mener leurs activités agricoles. Nous les avons dotées d’engrais, de semences et les avons encadrées… Il y a 50 femmes qui travaillent dans la station de conditionnement, plus de 100 hommes dans la bananeraie. Je les invite ainsi à venir travailler parce qu’il y a du travail ici », clame-t-il.  

Poursuivant ses explications sur cette question qui continue de faire couler de l’encre, il rappelle les raisons de la mise en place de ce projet bananeraie. « C’est lors de la tournée économique du président de la République au Sénégal oriental que nous lui avons présenté notre projet d’autosuffisance en banane au Sénégal. Et aussi si nous avons des terres et des moyens, nous atteindrons notre objectif. C’est ainsi qu’il nous a donné 2.5 milliards de francs CFA pour les producteurs de banane de la région ».

Malgré tout pour l’activiste, la lutte va continuer tant que le promoteur continue l’exploitation de ces terres. Il réclame la déclassification de 80% des terres pour mettre fin à la lutte.

« Pour résumer, le projet est justement source de pauvreté sur toute l’étendue du territoire national. Et les 500 emplois qu’ils ont annoncés c’est tout simplement de la poudre aux yeux. Le promoteur s’est installé ici pour exploiter les habitants mais pas pour leur offrir un emploi. Présentement nous ne réclamons qu’une désaffection des 1000 hectares donnés à ce promoteur. On réclame 80 % des terres ». Aux autorités de trancher…

Dakaractu

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