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Kédougou / Entretien exclusif : La présence de l’Etat, l’insécurité, le retour vers la terre, l’exploitation des potentialités, le bien-être des populations, les défis du Gouverneur Saër Ndao.

Installé dans ses nouvelles fonctions de Gouverneur de la région de Kédougou, au mois de Février 2020, par le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, M. Aly Ngouille Ndiaye, le chef de l’exécutif régional n’a pas perdu de temps pour fixer ses objectifs. Déjà le jour de son installation, le cap était clairement défini. En effet, avait-il dit, « mon principal défi, c’est le défi sécuritaire », car il est vrai que la région fait face de plus en plus à des problèmes d’insécurité, causés par plusieurs facteurs. Dans cet entretien exclusif accordé à sunugox, le tout nouveau gouverneur de Kédougou, est revenu très largement sur les défis qu’il s’est fixés. Des défis qui ont pour nom, l’insécurité, le retour vers la terre, l’exploitation des potentialités, le bien-être des populations. Mais aussi et surtout le rétablissement et la fortification du sentiment d’appartenance à un pays qui s’appelle le Sénégal.

Les défis : « Il faut qu’on sente que nous sommes au Sénégal. Et là, j’en fais mon cheval de bataille »

Le jour de mon installation, je me suis fixé un défi, c’est le défi sécuritaire parce que nous sommes dans une région frontalière et une région frontalière accueille beaucoup d’étrangers. Mais la particularité c’est depuis qu’on a démarré l’exploitation des mines à Kédougou. Il y a lieu qu’on s’arrête un moment pour voir qu’est ce qui se passe réellement dans les zones minières. Et là, on va bientôt enclencher une tournée qui va nous permettre d’aller dans l’ensemble des zones sensibles, toutes les zones minières, les zones aurifères, répertorier les faits d’insécurité qui peuvent être portés à notre attention et essayer d’apporter une réponse immédiate. Mais ce que nous voulons surtout, c’est de renforcer dans toutes les zones, la présence de l’Etat, qu’on sente que nous sommes au Sénégal par une présence massive des forces de sécurité, une présence dissuasive et une présence de l’autorité dans cette zone.  

Et là, j’en fais un cheval bataille, c’est pour moi un défi et ensemble avec les forces de défense et de sécurité nous allons essayer de marquer le pas à ce niveau pour voir quelles sont les zones les plus sensibles et essayer de redresser les choses. C’est possible. Parce que nous sommes encore au Sénégal et tant que nous sommes au Sénégal, il est possible de faire quelque chose pour restaurer la sécurité, rendre la sécurité aux citoyens, mais apaiser les citoyens. Nous ne disons pas que, nous ne recevons pas des étrangers mais des étrangers que nous recevons, doivent se conformer à la législation Sénégalaise,  à la réglementation sénégalaise. S’il faut leur parler, on leur parlera. Mais s’il faut utiliser d’autres moyens pour que les gens sachent que nous sommes au Sénégal,  nous le ferons aussi.

De la lutte contre l’insécurité : « Il nous faut contrôler ceux qui s’adonnent à la prostitution, on doit contrôler aussi, gérer et maîtriser le banditisme et la délinquance… »

Il y a des situations d’insécurité qui font que si vous êtes dans une zone où on ne contrôle pas trop la prostitution, parce qu’il y a des zones où  il y a beaucoup de prostitution dans les zones aurifères, cela va être toujours difficile. Il y a aussi ce qu’on appelle l’exploitation clandestine des débits de boisson, qui créent ce qu’on appelle  l’ivresse publique. Dans des situations d’ivresse publique tout peut se passer, donc il nous faut  contrôler les débits de boisson, il nous faut contrôler ceux qui s’adonnent à la prostitution, on doit contrôler aussi, gérer et maitriser le banditisme et la délinquance qui est en train de sévir dans cette zone parce que c’est des zones où il y a l’enjeu. L’argent est devenu un enjeu très particulier et à ce niveau il faut que force reste à la loi.  

Le retour vers la terre : « on a fait croire aux populations qu’on peut s’enrichir d’une façon plus facile que l’agriculture, ce qui est tout à fait faux. »

À un moment donné, on a fait croire aux populations qu’on peut s’enrichir d’une façon plus facile que l’agriculture et c’est ce qui est tout à fait faux. Kédougou est une zone où il pleut beaucoup et quand il y a de l’eau, et des terres, on peut toujours faire l’extraordinaire dans l’agriculture. Je pense que l’enjeu devra être orienté vers ce sens pour que les jeunes retournent à la terre, qu’on puisse cultiver la terre pour se nourrir d’abord, mais cultiver la terre aussi pour créer de la richesse. Et ça je pense qu’à Kédougou il y a lieu de le faire. 

Maintenant, les zones minières y en a tellement et ça a été un effet boomerang qui a poussé  tout le monde à aller vers ce qu’on appelle la course vers l’or. Cet or que certains ne retrouvent jamais et qui le font dans des conditions très difficiles. On est en train de les organiser  parce que le gouverneur qui est parti, avait pris une certain nombre de mesures par rapport à l’exploitation minière. Je pense qu’on va essayer de poursuivre ces mesures qui ont été arrêtées, essayer de voir comment les réorganiser. On va promouvoir l’agriculture, promouvoir le maraîchage, car je pense que ce sont ces deux leviers sur lesquels économiquement parlant, Kédougou peut s’appuyer pour encore aller très loin

Exploiter toutes les potentialités : « Il  faut qu’il y a un moment où tout le monde doit s’arrêter pour revoir les choses. »

Il  faut qu’il y ait un moment où tout le monde  s’arrête pour revoir les choses. Qu’est ce qui a été fait depuis cette annonce de l’or ? Et actuellement qu’est ce qui reste à faire ? Comment assainir le milieu pour permettre aux populations riveraines de tirer le maximum de profit de cette exploitation minière. Je pense qu’il faut une réflexion et un cadre bien aménagé autour d’une réflexion bien mûrie  pour permettre aux populations de Kédougou de tirer ce qui est intéressant dans cette exploitation minière. Parce que quoi qu’on dise, il y a ce qu’on appelle l’exploitation minière et c’est dans un délai bien déterminé, quand c’est fini, il faut qu’on revienne à la terre. À ce niveau, il faut qu’on essaye de rassembler les jeunes pour leur faire comprendre que la finalité c’est le retour à la terre. Dès qu’on aura fini l’exploitation minière, les terres vont être libérées et en ce moment qu’est-ce qu’on devra en faire? Si nous sommes en train de souiller ces terres, au moment de revenir pour récupérer ces terres pour en faire de l’agriculture ça va être très compliqué. Mais de l’autre côté, (Salémata, Badafassi)  il y a des terres disponibles, il n’y a pas d’exploitation minière, il y a de l’eau parce qu’il pleut abondamment à Kédougou. À ce niveau, l’Etat peut accompagner. Dans le PUDC actuellement on est en train d’installer des forages, il y a le programme de l’UEMOA qui est aussi en train d’installer des forages, donc partout l’eau devient accessible. Avec des forages on peut faire du micro-jardinage, du maraîchage et avec la saison des pluies, on fait les grandes cultures. Avec ça, les gens peuvent s’enrichir, peuvent trouver du travail et Kédougou pourra être une région beaucoup plus développée parce qu’à l’image des zones pluvieuses, nous allons faire en sorte qu’on travaille beaucoup plus pendant l’hivernage. Je suis d’avis que Kédougou va se développer encore par l’agriculture, l’élevage et le tourisme.  Parce qu’il y a le tourisme qui a un impact fort ici, il suffit de l’organiser pour que les gens puissent tirer le maximum de bénéfices. Pour un sénégalais, il te dira que Kédougou est loin, mais pour un touriste Kédougou est très proche. Les touristes savent ce qu’il y a à Kédougou, ils  connaissent la potentialité touristique. On doit faire comprendre cette potentialité touristique à tous les sénégalais, l’exploiter au maximum pour que les sénégalais sachent que Kédougou n’est pas loin. Si on se met dans la tête que Kédougou est un point du Sénégal, ça devient très proche.

De la bonne répartition des richesses : » Il faut une bonne organisation, pour aller vers une bonne répartition des richesses »

La première chose pour fidéliser les populations à leur Etat, c’est de leur faire comprendre que l’administration est proche et la création de Kédougou en tant que région c’est d’abord un signal fort que l’Etat a donné en disant que je vais essayer de faire en sorte que l’administration soit beaucoup plus proche de toute la population de Kédougou. D’habitude, il dépendait de Tambacounda pour beaucoup de choses. L’Etat a pris cette mesure, une mesure forte pour créer la région de Kédougou et c’est déjà un très grand pas. Il a créé des départements, des arrondissements cela voudrait dire que l’Etat se rapproche davantage de ses citoyens. Maintenant, ce qui reste c’est que les populations aient beaucoup plus confiance en l’Etat qui est à côté d’eux et qu’ensemble on pose les problèmes, ensemble qu’on essaye de trouver des solutions. 

Je pense qu’il est possible de trouver des solutions si on se concerte et qu’on pose les vrais problèmes qui interpellent les populations. Ne pas se focaliser simplement sur  « oui  parce qu’il y a de l’or, on ne peut pas bénéficier de cet or »; même s’il y a de l’or, il y a un investisseur qui est là et qui met son argent, il prend un risque. Mais l’investisseur qui met son argent s’attend à quelque chose, néanmoins il y a des retombées mais si on ne les organise pas, personne n’en profite. On dit que dans le village ou dans la commune, on a mis ceci ou cela mais ça nécessite ce qu’on appelle un contrôle citoyen, une bonne organisation ce qui justifiera forcément une bonne répartition. Il faut une bonne organisation, pour aller vers une bonne répartition des richesses, bien-sûr les gens diront toujours « nous n’avons rien vu » alors qu’il y a beaucoup de choses, beaucoup de richesses qui sont peut-être injectées dans la zone. Il faut que les populations autour des communes s’organisent davantage pour que le contrôle citoyen soit érigé en règle. Pour aider une communauté, on ne peut pas donner les moyens à un groupe de personnes, mais on peut mettre les moyens à la disposition de la commune et à travers cette commune, si on met en place un dispositif de contrôle citoyen, la redistribution va être une redistribution parfaite. Et si la redistribution est parfaite tout le monde va tirer profit de ces retombées.  C’est là où il faut organiser les populations autour de la localité, autour de la territorialisation et si tout le monde se retrouve autour de cette territorialisation, on commence à développer les politiques. Les politiques, on va les financer par les moyens issus peut-être de l’exploitation de l’or ou d’autres richesses naturelles.  Avec le contenu local, les populations vont tirer bénéfice de ce qu’il y a comme ressources naturelles, mais faudrait-il qu’on l’organise pour éviter que ces ressources aillent dans le sens d’un groupe de personnes qui est là pour désorienter les choses.

yaya cissokho




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